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lebel
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Ce blog traite des enquêtes brûlantes.
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Date de création :
08.09.2008
Dernière mise à jour :
04.10.2009

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c'est un travail impeccable et je voudrais te tirer mon châpeau. bravo lebel!...
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Alexandre Ilboudo

Publié le 18/08/2009 à 17:20 par lebel
Alexandre Ilboudo
Grand Reporter au Quotien Le Patriote



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Alexandre Ilboudo

Publié le 18/08/2009 à 17:08 par lebel
Alexandre Ilboudo
Redacteur en chef de ouaga.info

Alexandre Lebel Ilboudo

Publié le 18/08/2009 à 16:53 par lebel
Alexandre Lebel Ilboudo
Redacteur en chef de Ouaga.info

Lebel

Publié le 10/08/2009 à 20:13 par lebel
Lebel
un beau sourire

Cross de l’unité pour la paix

Publié le 30/07/2009 à 13:47 par lebel
Cross de l’unité pour la paix
Commandant Bamba Vemo
Président du comité d’organisation (COCUP)

« Ce cross est un soutien à l’accord politique de Ouagadougou.»

L’accord politique de Ouagadougou continue d’enregistrer des soutiens de la société civile. Un cross de l’unité est annoncé le 15 août prochain à Abidjan pour consolider la paix. Ouaga.info à rencontrer le président du comité d’organisation de cette initiative. Entretien.

Vous organisez le 15 août prochain à Abidjan un cross de l’unité pour la paix. Qu’est ce qui motive une telle manifestation ?
Notre initiative est motivée par la quête de la paix. A l’étape de la sortie de crise où nous sommes, il est bon que des actions de consolidation viennent en appoint aux efforts consentis par les uns et les autres. Ce cross est une manière pour nous donc d'accompagner l'Accord Politique de Ouagadougou (APO).

Pourquoi organisez-vous ce cross maintenant ?
Il s'agit pour nous à travers cette manifestation sportive de promouvoir l'esprit de fraternité et de décrisper l'atmosphère politique. Le sport étant un facteur de rapprochement et de communion. Vous savez que nous sommes dans la dernière ligne droite des élections prévues pour le 29 novembre prochain. C’est maintenant que les valeurs du fair-play, du ton apaisé et de l’unité doivent être manifestes. Le moment pour nous semble donc bien choisi et propice à la consolidation de la paix.

Quelle est la particularité de ce Cross ?
Ce cross a un double sens parce qu’il se veut non seulement un vecteur de consolidation de la paix en Côte d’Ivoire mais célèbre aussi l’amitié ivoiro-Burkinabè. Vous comprenez donc que le comité d’organisation soit composé d’Ivoiriens et de Burkinabè.

Un évènement d’une telle portée ne saurait se faire sans le concours des autorités. Avez-vous entrepris des démarches dans ce sens ?
Bien sûr ! Nous avons entrepris des démarches dans ce sens. Le Président de la commission communication, M. Zongo Abdoulaye a saisi officiellement les autorités par courrier. Ainsi donc ce cross est co-présidé par leurs Excellences Blaise Compaoré et Laurent Gbagbo, et Co-parrainé par le premier ministre Soro Guillaume, le Gouverneur de la BCEAO et le Représentant Spécial du Facilitateur, Boureima Badini.

A moins de trois semaines, quel est l’état des préparatifs à ce jour ?
Nous sommes à pied -œuvre pour faire en sorte que ce cross soit une réussite. Nous attendons toujours des sponsors et le soutien de toutes les bonnes volontés qui voudraient contribuer d’une manière où d’une autre à la réussite de cette manifestation sportive. Nous avons sollicité le concours de la chambre de commerce et de l’industrie de la Côte d’Ivoire et du Burkina-Faso et certaines entreprises de la place.
Avez-vous un appel à lancer ?
Nous demandons à la population de la Cedeao de se joindre à nous pour célébrer cette joie festive. Les diplomates, les membres du gouvernement, les maires et les parlementaires seront là ce jour là en tenue de sport pour donner le ton sur une distance qui leur sera réservée. Tout le monde est attendu.











Entretien

Publié le 21/04/2009 à 12:00 par lebel
Entretien
Alexandre Galley
Ex PCA de Cora de Comstar

« La fermeture de Comstar est un gâchis pour la Côte d’Ivoire »

Au nombre des entreprises qui ont connu des démêlés judiciaires ces neuf dernières années figure en bonne place Cora de Comstar. L’ex-président du Conseil d’Administration de cette compagnie de téléphonie que nous avons rencontré, explique comment le pouvoir a tordu le cou à la Justice et fait perdre de l’argent à la Côte d’Ivoire. Entretien.

Que devient Alexandre Galley ?

Je suis toujours dans les affaires. Je voyage beaucoup, j’écoute beaucoup, j’observe beaucoup, je travaille beaucoup et je médite beaucoup.

Cora de Comstar, est-ce un dossier classé ?

Comstar a été la première compagnie de téléphonie mobile en Côte d’Ivoire. Cette compagnie a connu en 98 un changement d’actionnariat. Ce changement a malheureusement entraîné un conflit entre les actionnaires. En dehors de l’arbitrage, ce conflit s’est déporté devant les tribunaux et des décisions judiciaires ont été prises. Notamment la décision de la Cour d’appel d’Abidjan qui a ordonné d’inscrire les actions de GA Holding dans les registres de Cora. Cette décision a été renforcée par une autre décision de la cour de cassation. Malheureusement, l’exécution de cette décision a entraîné beaucoup de souffrance, de chagrin, et de perte. Il y a eu beaucoup de méchancetés.

Comment expliquez vous ces méchancetés ?

Nous vivons dans la société des hommes et pour vivre ensemble, il faut un minimum de règle, mais il faut aussi que tout le monde accepte de jouer le jeu à un moment. Il y a des pays et des continents ou les gens vivent des problèmes et sous d’autres cieux, d’autres amorcent leur développement. Je veux parler des institutions de la République. En ce qui concerne GA Holding, je le dis tout net, nous avons été victime. Parce que les décisions judicaires ne souffrent d’aucune ambiguïté. Ni les décisions judiciaires de la Belgique, ni celles de la Côte d’Ivoire. Les décisions pénales prises par les tribunaux de Côte d’Ivoire et qui condamnaient nos adversaires pour faux et usage de faux sont claires. Cela a même été confirmé par le département Américain de la justice qui indiquait clairement que Wireless communication technologie n’existait plus. Et dans le cadre d’une commission dérogatoire, la justice Belge n’a pu localiser cette société. Il y avait que pour les autorités administratives et politiques ivoiriennes cette entreprise existe. Nous avions donc gagné nos décisions de justice et nous nous attendions à une bonne exécution de ces décisions conformément à la constitution.

Tout cela semble quand même facile. M. Galley, vous pouvez soutenir n’avoir perçu aucune compensation dans cette affaire ?

En ce qui nous concerne nous n’avons eu aucune compensation. Pour l’heure, rien du tout. Absolument rien.

L’Etat de Côte d’Ivoire vous a pourtant octroyé une licence et vous comptiez lancer un projet dénomme Phénix telecom ?

En effet le projet Phénix est né de la volonté de l’Etat de Côte d’Ivoire de m’accorder une licence pour régler le problème de Comstar. Cet arrangement impliquait également que mes adversaires me verse 500 millions. Malheureusement l’Etat ivoirien ne s’est pas exécuté jusqu’au bout.

Vous avez perçu tout de même les 500 millions ?

Ecoutez, cet argent provenait des recettes de Comstar dont j’étais encore actionnaire à hauteur de 51%. C’est donc de l’argent qui m’appartenait et vous ne pouvez pas croire que 51% des actions puissent représenter seulement 500 millions de FCFA.

En dehors de ces aspects il y a eu tout de même des pertes, non ?

Comstar est un gâchis pour la Côte d’Ivoire. Cette histoire dure depuis 2001. Si les décisions de justices avaient été exécutées, Comstar serait aujourd’hui le n°1 de la téléphonie en Côte d’Ivoire. Je peux vous dire qu’aujourd’hui, certains plans marketing utilisés de la place ont été conçus par Comstar. Cela n’a pas de prix. Comstar aurait aujourd’hui un chiffre d’affaire de 90 milliards. Cet argent allait créer des emplois. Malheureusement, des centaines d’agents ont perdu leur emploi, et par ricochet des milliers de personnes qui vivaient des cabines cellulaire et des fournisseurs qui n’ont pas été payés. C’est un vrai gâchis.

Des regrets ?

La leçon principale que j’en tire, c’est que quand vous êtes un homme d’affaire, soit vous rentrez dans certaines choses et tout va pour le mieux pour vous, soit vous choisissez de rester dans le droit chemin et là ce n’est pas certain que vous vous en sortiez. Quand vous décidez d’investir dans votre propre pays et que vous êtes victimes d’une telle situation, qui peut d’ailleurs arriver à n’importe qui, c’est révoltant. Comment voulez-vous attirer des investisseurs dans ces conditions. Les actes qui ont été posés sont des actes bassement financiers. Mais vous voyez bien que ceux qui ont conseillé la liquidation de Comstar comme Amon Jean Claude sont ceux qui se retrouvent malheureusement aujourd’hui dans l’affaire Café Cacao. Cela donne tout simplement à réfléchir.

Vous ne mettez pas pourtant en cause la Justice ivoirienne ?

Non. On dit beaucoup de chose de la Justice ivoirienne, mais j’assume ce que je dis. La Justice ivoirienne dans l’affaire Cora de Comstar a dit le droit. Les juges ivoiriens et les juges du Royaume Belge ont pris une décision identique dans cette affaire qui est claire. Le problème comme ils l’ont dénoncé eux-mêmes, c’est qu’on les a empêché d’exécuter.

Qui n’avait pas intérêt à ce que cette décision de justice soit exécutée ?

Je vais vous le dire. Lorsque Tia Koné, au cours d’une émission sur l’Etat de droit, animé par feu Pierre Ignace Tressia, affirme que quand on dit à un juge que son pays est menacé dans une affaire, ce n’est plus le droit qui prime mais le patriotisme. Il s’est peut être trahi, mais il aura édifié l’opinion qu’il y a des décisions qui ont des connotations politiques ou diplomatiques. Or ça ne devrait pas être le cas.

Le Président Laurent Gbagbo s’est pourtant impliqué dans ce dossier ?

En effet, lorsqu’il a rencontré la population de Lakota le 5 août 2004 à 16 h à la présidence, il a affirmé haut et fort que Cora appartenait à Galley. Mais qu’il y avait quelques petits problèmes à régler et que l’Etat irait jusqu’au bout. Cela devrait se faire dans les jours qui suivent, malheureusement, ça n’a été jamais fait.
Vous admettez donc la fin de Cora de Comstar ?
Cora reviendra, peut être sous une autre forme, parce que je crois que force doit rester à la loi. Je ne doute pas que les décisions prises par les juges de Côte d’Ivoire soient exécutées un jour. Soyez sûr, tôt ou tard l’Etat de Côte d’Ivoire réglera ce problème, au nom de la justice.


Propos recueillis par Alexandre Lebel Ilboudo







La ruine de l'economie

Publié le 21/04/2009 à 12:00 par lebel
La ruine de l'economie
Pillages, casses, pression fiscale, faillites d’entreprises

Comment la Refondation a ruiné l’emploi en neuf ans

L’avènement du régime de la Refondation aura été une calamité pour le tissu économique du pays. Pris en sandwich par les manœuvres politico juridiques qui ont ruiné et découragé plus d’un investisseur et les casses et pillages de sociétés perpétrés par les jeunes « patriotes » déchaînés contre les expatriés, l’emploi en Côte d’Ivoire n’aura jamais été aussi sinistré que sous l’ère Gbagbo. Au bas mot, plus de 150 entreprises ont dû mettre la clé sous le paillasson en 2004, année où la violence patriotique a battu tous les records, et 100.000 pertes d’emploi sur l’ensemble des neuf ans de présence du FPI au pouvoir. Retour sur un drame économique.

‘’ La France n’a rien contre le Président Laurent Gbagbo. Tout ce que nous lui reprochons, c’est cette politique qui a eu pour résultat de diviser le pays en deux’’ dixit l’ex-Président de la République Française, Jacques Chirac en 2004 à Ouagadougou sur les antennes de RFI, en marge de l’ouverture du sommet de la Francophonie. Sommet auquel le mis en cause était, volontairement, absent. Autant ce reproche est irréfutable au regard de la partition en deux du pays depuis le 19 septembre 2002, autant au plan économique, il en vaut pour le gâchis enregistrés.
Mais le chef de file des Refondateurs avait prévenu les Ivoiriens. « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient », disait Laurent Gbagbo. Et ceux qui ont cru à la promesse d’une Côte d’Ivoire économiquement refondée en sont, aujourd’hui, pour leur frais. Et pour cause, en neuf ans, ce régime a causé faillite sur faillite dans le secteur des entreprises. D’abord par la crainte qu’il a inspiré, dès son avènement, aux investisseurs. Notamment par un discours qui ne rassurait pas. Mais bien plus, par une série de conduites attentatoires aux droits de la libre entreprise et aux libertés, parfois physiques, des ressortissants étrangers. C’est ainsi qu’en 2001 déjà, avant même l’éclatement de la guerre, des attaques à caractère xénophobe se sont multipliées contre les opérateurs expatriés, taxées d’avoir pris en otage l’économie ivoirienne. On assiste alors à une harcèlement juridique des Libanais, des Français et même des ressortissants de la sous région. A ces derniers, il leur est reproché de tenir des secteurs importants de l’économie ivoirienne. Le régime de Gbagbo n’affichait-là que ses intentions d’opter pour une sorte de « libération de l’économie ivoirienne ».

Un environnement juridique délétère

L’esprit xénophobe qui anime la Refondation se manifeste par des atteintes graves aux droits des investisseurs, à travers des procès qui prennent des tournures politico juridiques. On note entre autres les affaires Afrikof contre la Sgbci, Ivoire Café contre la Bad, Toyota- TSA, Ash international et Cora de Com Star. Propriétaire et ancien directeur de la société de nettoyage urbain ASH International, Ahmed Bassam continue de clamer qu il a été victime d’un complot qui visait à le déposséder de sa société.
C’est que dans toutes ces affaires, le pouvoir judiciaire, noyauté par le politique, rend des décisions qui vont à l’encontre du droit et heurtent le bon sens. Faut-il rappeler, pour mémoire, l’épisode de COMSTAR, le tout premier opérateur de Téléphonie mobile licencié en Cote d’Ivoire. Des tiraillements entre la Holding de Alexandre Galley et des investisseurs Américains ont débouché sur la fermeture de la compagnie.

De quoi s’agit-il dans ce cas d’espèce? L’affaire Comstar est née d’un contentieux commercial entre la Société de droit Américain Wireless Communication Technologie (WCT), et la société GA Holding, de droit Belge. Les deux opérateurs privés se disputent la propriété de la société de téléphonie Cora de Comstar. Chacune des parties saisit alors les juridictions ivoiriennes afin que celles-ci les rétablissent dans leurs droits. De procès en procès, ce conflit connaît très vite des débordements inattendus et l’Ambassade des Etats-Unis en Côte d’Ivoire se saisit du dossier. Devant la gravité de la situation, l’Etat de Côte d’Ivoire crée un Comité Interministériel pour se pencher sur la crise. Après avoir pris connaissance de tous les accords conclus et entendu les deux parties le Comité Interministériel demande à GA Holding de renoncer à la saisine des juridictions. GA Holding doit renoncer non seulement à la saisine des juridictions mais aussi à toute prétention sur la société Cora de Comstar. Alexandre Galley monte au créneau et crie à l’injustice. Mais le mal était déjà fait. « Cora est un grand gâchis pour la Cote d Ivoire », regrette aujourd’hui l’opérateur, qui dégage toutefois la responsabilité de la justice ivoirienne dans cette affaire. Car selon lui, le droit a été dit dans cette affaire, mais malheureusement, le politique n’avait pas intérêt à ce que Justice soit dite. (Lire l’interview).

36.000 emplois perdus en novembre 2004

Bien d’autres affaires viennent ternir l’image d’une Justice ivoirienne aux ordres et qui tord le cou au droit pour des raisons politiques. Pendant ce temps, dans l’arrière cour politique, les conseillers de Gbagbo lui suggèrent pratiquement de nationaliser les entreprises aux mains de Bouygues (Sodeci-CIE) CI-Telecom, SDV et Saga. Les attaques xénophobes vont tous azimuts.
A l’éclatement de la crise du 19 septembre 2002, ce sont des milliers de travailleurs qui sont tous simplement réduits au chômage avec la fermeture d’importantes entreprises. Au nombre de celle-ci, on peut citer la Sitarail, filiale du groupe Bolloré qui a vu interrompre un an durant ses activités. Cette société évaluait en 2003, des pertes estimées à 43,7 milliards de fca. Et pendant que les ressortissants de la sous-région sont traqués et spoliés de leur commerce et plantations, l’opération dignité est engagée en nombre 2004.
De toutes les difficultés qu’ont traversées les entreprises en Côte d’Ivoire, les événements de novembre 2004, déclenchés par Laurent Gbagbo dans sa volonté de reprendre le nord par tous les moyens, auront été lourds de conséquences pour nombres d’entreprises. Ces tristes évènements ont été dramatiques du point de vue humain, mais aussi du point de vue de l’emploi. Les opérateurs économiques et les Français sont pris à parti. Ils seront violentés, leurs biens pillés et leurs entreprises saccagées. A Yopougon, notamment à la zone industrielle, les jeunes surexcités par les discours haineux et les appels à la violence du pouvoir, procèdent systématiquement à la mise à sac des entreprises. La chambre de commerce et de l’industrie de Côte d’Ivoire est affligée. Jean Louis Billon, son président, lance un appel à la raison au milieu des cris de détresse. Il dénonce les attaques contre les créateurs de richesse, et les salariés innocents qu’il résume sous le vocable de cibles faciles. Le secteur des petites et moyennes entreprises, et des petites et moyennes industries est sinistrés. La nouvelle fait le tour du monde, et la Côte d’Ivoire devient une destination à risque. Le volume du trafic du port autonome d’Abidjan prend un coup. Par centaines, des dockers se retrouvent, eux aussi, au chômage.

100.000 en neuf ans

Dans l’urgence, le Conseil national du patronat ivoirien (CNPI) dresse un bilan partiel des actes de pillage des entreprises. Il ressort de cet état que 106 entreprises étaient fermées pour cause de détérioration de leur outil de production. La commune de Koumassi était en tête avec 19 entreprises détruites, 10 à Yopougon, 9 au Plateau, 9 à San Pedro, 8 à Yamoussoukro, 7 à Gagnoa, et 4 à Agboville. Selon le président du CNPI ces fermetures constituaient près de 200 millions de perte sèche de cotisation par mois au niveau de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). Le premier responsable du patronat ivoirien annonçait déjà que cette situation allait avoir une incidence sur les recettes fiscales. Pouvait-il en être autrement quand on sait que les petites et moyennes entreprises représentent 50% des recettes fiscales et 30% du PIB en Côte d’Ivoire ?
Comme il fallait s’y attendre, les caisses de l’Etat ont enregistré un manque à gagner considérable avec le rétrécissement du champ d’activité des régies financières. La contraction des recettes va donc compromettre l’objectif du budget fiscal fixé en 2004 à 1263 milliards de FCFA. A preuve, le niveau de recouvrement au 31 décembre 2004 a fait apparaître un déficit de l’ordre de 25 milliards. Le secteur des recettes non fiscales enregistrait quant à lui un manque à gagner de 30,7 milliards de FCFA sur une prévision de 118 milliards de CFA. La croissance de 1,8% attendu n’a pas été atteinte. Evidemment, la destruction des entreprises et la perte du dynamisme des PME et PMI ne pouvait qu’affecter la croissance qui, selon le Fonds Monétaire International (FMI), a été proche de zéro de 2000 à 2007, contre 6,6% de 1994 à 1999 sous le régime du PDCI.

50 % des entreprises ont fermé sous la Refondation

Mais le décompte ne s’arrête pas là. Selon la Chambre de commerce et d’industrie, 150 entreprises ont été sinistrées au cours des évènements de novembre 2004 et 70 autres se sont trouvées en cessation d’activité. Trois mois après la furia des jeunes patriotes, sur 147 filiales de grandes entreprises françaises recensées en Côte d’Ivoire, 135 fonctionnaient au relenti. Le gâchis s’est matérialisé au plan social par la perte de 36.000 emplois. Favorisant ainsi la hausse du chômage et de la pauvreté. Le taux de pauvreté en Côte d’Ivoire, est passé de 38% en 2002 à 50% en 2005, selon le Programme des Nations Unies pour le développement. Mais pour Jean Louis Billon les pertes sont tout simplement inestimables en chiffres d’affaire. L’état de l’économie ivoirienne de ces cinq dernières années donne à constater que près de la moitié des emplois ont été détruits, quand 50 % des entreprises disparaissait purement et simplement. Quant aux secteurs de l’Education et de la Santé, ils voyaient leurs infrastructures se dégrader. Ces secteurs repartent néanmoins depuis la signature des accords de Ouagadougou, en mars 2007, puisque les grands hôtels affichent un taux de remplissage de 80 %, contre 20 % au plus fort de la crise.
« Régner en maître du désordre sur les vies des plus démunis et sur l’économie et cela en toute impunité, s’apparente à un coup d’état économique permanent dont les entreprises, petites et grandes, le fisc, les douanes et les autres services de contrôle de l’Etat en sont les principales victimes », dénonçait Billon lors du forum de dialogue économique. Et le premier responsable de la Chambre du commerce de déplorer : « Si la guerre ivoirienne est essentiellement politique, nous sommes aujourd’hui unanimement convaincus que l’otage principal, après la population, est l’économie en général et le secteur privé en particulier. Nous comprenons mal les raisons pour lesquelles aucun commentaire, aucune dénonciation, aucune sanction n’a été prononcée à l’égard de ceux qui ont commis tant de violences et de destructions d’entreprises ou d’écoles, outils par excellence du travail, d’émancipation, de cohésion et d’intégration sociale »
En 2008, le Conseil des investisseurs français en Afrique (Cian) dénonce, lui aussi dans un rapport, un harcèlement fiscal en Côte d’Ivoire. Une dénonciation qui avait suscité le courroux de la direction des Impôts. N’empêche, il ne reste plus en Côte d'Ivoire que la moitié des entreprises implantées avant la crise, soit 13.000 sur les 26.000 entreprises déclarées au départ selon la chambre de commerce et de l’industrie. Mais pour la Chambre, les origines de la descente aux enfers des entreprises remontent à 1999, quoique septembre 2002 et novembre 2004 marquent une véritable cassure dans le tissu économique. Et les chiffres sont édifiants sur cette situation sans précèdent. Selon la Chambre de commerce et de l’industrie en 1960, il y avait 180 000 salariés dans le secteur privé ; en 1970, 300 000 ; en 1980, 450 000 ; en 1990, 400 000 salariés, soit une perte de 50 000 emplois en 10 ans. En 2000, le nombre de salariés atteint son apogée avec 576 000 salariés, soit près de 200 000 nouveaux emplois en 10 ans. Avec la crise ivoirienne, de 2002 à 2005, le secteur privé a perdu à peu près 100 000 emplois, un chiffre très proche du volume d’emplois des années 1980. Ces années noires, il faut le faire remarquer, interviennent sous la Refondation. Ironie du sort, ce sont ceux qui n’ont rien construit qui ont su détruire le mieux. En effet depuis l avènement du régime FPI aux affaires, le secteur des entreprises n’a plus aucune visibilité, il affiche un bilan négatif, à quelques rares exceptions.
Et la série noire ne s’arrête pas pour autant. La Compagnie ivoirienne du bois, la plus grande société pourvoyeuse d’emplois du Centre Ouest du pays, situé à quelques kilomètres du village natal du Chef de l’Etat, a mis la clé sous le paillasson en ce début d’année. Jetant 1.400 employés au chômage. C’est à se demander de quels types de socialistes, la Côte d’Ivoire a hérité en octobre 2000. La venue insurrectionnelle des Refondateurs aux affaires, était-elle révélatrice de ce que les Ivoiriens vivront plus tard ? Une chose est certaine, à la lumière des statistiques, plus qu’une calamité, la Refondation aura été une malédiction pour l’Emploi et l’Economie ivoiriennes.


Dossier réalisé par Alexandre Lebel Ilboudo

Confli foncier

Publié le 17/02/2009 à 12:00 par lebel
Confli foncier
Sébastien Dano Djédjé
Ministre de la Réconciliation et des Relations avec les Institutions

« Celui qui sort perdant doit être dédommagé »

Nous avions souhaité l’avoir en interview sur sa médiation dans le conflit Kroumen Burkinabè dans la région de Tabou. Objet de notre reportage paru le lundi 26 janvier dernier. Parce que le règlement définitif de ce conflit l’incombe, pour avoir été l’artisan de la paix dans cette région, le Ministre de la Réconciliation et des Relations avec les Institutions ne s’y est pas soustrait. Mais au delà de Tabou, Sébastien Dano Djédjé explique son combat pour une Côte d’Ivoire réconciliée. Entretien.

Monsieur le Ministre, quelles sont les attributions de votre département dans le gouvernement issu de l’accord Politique de Ouagadougou?

Sébastien Dano Djédjé : Je voudrais avant tout vous féliciter et vous souhaiter une bonne et heureuse année 2009. C’est la toute première fois que j’accorde une interview au journal Le Patriote et je voudrais vous remercier d’être venu jusqu’à moi. Si nous n’avons pas pu nous voir avant c’est parce que nous étions occupés ou en déplacement. Dès que le temps le permettait, il n’y a pas de raison que je ne vous reçoive pas. Si vous avez souhaité me rencontrer c’est parce que vous vous intéressez au processus de sortie de crise que nous menons. C’est aussi parce que le sort de la population vous intéresse dans le sens positif de la sortie de crise. Recevez tous mes encouragements et mes remerciements.
Ceci dit, concernant les attributions du ministère, nous avons regroupé deux départements en un seul, il s’agit du département des institutions de la République et le département de la réconciliation nationale. Ici ce qui est à l’ordre du jour c’est le volet relatif à la réconciliation nationale. A cet effet, nous avons pour mission, la mise en œuvre de la politique du gouvernement en ce qui concerne la réconciliation nationale. Pour promouvoir l’unité nationale nous sommes appelés à développer des activités qui favorisent l’intégration sociale des non ivoiriens résidant sur le territoire national, et les naturalisés. En deuxième lieu, nous devrons œuvrer pour prévenir les conflits et les affrontements et toute manifestation à caractère tribal, raciste, religieux, xénophobes. Nous devrons promouvoir les valeurs communautaires, et sensibiliser à la démocratie, à la coexistence pacifique et à l’intégrité territoriale. Nous devrons aussi promouvoir des relations entre les citoyens et l’Etat. En somme, notre mission est de restaurer la cohésion nationale mis à l’épreuve depuis les évènements du 19 septembre 2002.Voilà en gros les attributions qui sont les nôtres dans le gouvernement du Premier ministre Soro Guillaume.

Quels sont alors, M. le Ministre, les mécanismes sur lesquels vous vous appuyez dans la quête de la restauration de la cohésion ?

Je voudrais d’abord relever que la réconciliation, beaucoup en parle sans trop savoir ce que cela veut dire. Pour que tout le monde soit au même niveau de compréhension, je voudrais m’appesantir un peu sur ce point. En effet, la réconciliation, c’est mettre ensemble ce qui était unie à un moment donné. Nous considérons qu’en Côte d’Ivoire, avant le 19 septembre 2002 et malgré nos conflits internes, nous étions dans la cohésion nationale. Mais depuis cette date, il y a eu dislocation. Alors, la différence entre la réconciliation et la paix, c’est qu’on peut être en paix sans être réconcilié. Si vous voulez une paix durable, il faut qu’après la paix, on instaure un mécanisme de réconciliation. Je voudrais dire que la paix c’est accepter de tout laisser tomber et partager désormais le même idéal, les mêmes objectifs et les mêmes ambitions. Il faut donc bien faire la différence entre la réconciliation et la paix.
Pour répondre maintenant à votre question en ce qui concerne les mécanismes que nous avons mis en œuvre pour que cette paix soit durable et se termine par la réconciliation, je dirais qu’il y a un certain nombre de points qu’il faut prendre en compte. Il s’agit de mettre ensemble une somme de démarches qui va aboutir à des résultats que nous allons appeler réconciliation. La somme de ces démarches est consignée ici sous le label du triptyque. Nous nous sommes inspiré de l’exemple Sud-Africain parce que c’est un peuple qui a beaucoup souffert mais qui s’est battu pour accéder à l’indépendance. Ce peuple dans sa quête de réconciliation a instauré le triptyque qu’on a appelé « Vérité-Repentence-Pardon ». De notre côté nous avons réfléchi et nous avons retenu ce qui pouvait convenir à la Côte d’Ivoire. Les négociations de Linas Marcoussis menés par les hommes politiques, ont permis de balayer tous les problèmes qui nous ont conduits aux évènements de 2002. A partir de là, nous, membres du gouvernement qu’est-ce que nous instaurons comme mécanisme pour parvenir à la réconciliation ? Nous avons donc retenu le mot Vérité. Au niveau de la repentance, ça été houleux. Parce qu’il était difficile de demander à quelqu’un dans la situation ou nous étions de venir se repentir. Les tensions étaient tellement vives qu’il aurait été maladroit de le faire. Nous avons opté donc pour la justice. Car si nous acceptons de nous dire la vérité, il faut que les dégâts soit réparés. C’est à ce prix là qu’on pourra parvenir au pardon. Notre triptyque est donc «Vérité- Justice-Pardon ». Une fois ce mécanisme mis en place, nous avons insisté sur le dialogue. Nous avons dit qu’il faut que notre peuple apprenne à dialoguer, le dialogue inter individu et intercommunautaire. Ce dialogue doit se faire dans l’humilité, la courtoisie et la considération. Nous avons ensuite résumé ces points par le slogan suivant : S’écouter pour mieux se parler ; se parler pour mieux se comprendre ; se comprendre pour mieux se connaître ; se connaitre pour mieux se tolérer et se tolérer pour mieux se pardonner. Si ces comportements ne sont pas adoptés sur le terrain, il serra difficile d’arriver aux résultats que nous souhaitons pour la Côte d’Ivoire.
Pour y parvenir, nous avons choisi plusieurs voies dont la sensibilisation par le contact, en ciblant les ONG par exemple. Nous discutons avec les leaders d’opinions. Nous insistons aussi sur le rôle des médias dans le processus de sortie de crise. Pour utiliser les médias, il fallait impliquer les médias. C’est dans ce cadre que nous avons organisé des ateliers ou les médias étaient invités. Avec ces mêmes médias nous avons organisé des émissions. Nous organisons aussi des journées nationales de réconciliation. Nous avons mis en place aussi des comités locaux de réconciliation pour servir de relais et de structure de veille.

On note aussi l’institution de la nuit de la réconciliation dont la dernière édition s’est déroulée le 4 décembre dernier. Quel bilan dressez vous de cette manifestation ?

En effet, nous avons aussi initié la grande nuit de la réconciliation qui distingue une fois l’an, les personnalités ou les groupes de personnes qui se sont illustrés de façon positive dans le processus de réconciliation et de paix. Ça peut être des personnes qui ont posé des actes concrets mais aussi des hommes à qui nous faisons appel pour nous aider. En terme de bilan, la première édition a été rehaussée par la présence du ministre de la Défense Sud Africain, M. Lokota. C’était la première édition et nous cherchions nos marques. On a décidé de primer toute la société ivoirienne. Des politiques, des religieux, des journalistes. Personne n’a été oublié. La deuxième édition qui vient d’avoir lieu a été rehaussée par la présence du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Burkina Faso, Son Excellence Alain Yoda. Cette fois-ci, nous avons restreint le nombre de lauréats à 57 au lieu de 300 comme la précédente fois. Nous l’avons fait pour la simple raison qu’il fallait que cette manifestation couvre toute la Côte d’Ivoire. Pour cela nous avons demandé aux préfets de nous aider à répertorier et à remercier des personnes qui ont posé des actes concrets en faveur de la paix et de la cohésion sociale. Que ce soit la prise en charge des agents du CNPRA (comité national de pilotage du redéploiement de l’administration, ndlr) ou la prise en charge des enseignants qu’on a envoyés sur le terrain. Voilà des activités que nous avons conduites dans le sens du processus de sortie de crise.

M. le Ministre, au plan social et communautaire, on a noté ces dernières années, des conflits qui ont opposé des communautés autochtones et allochtones dans nombreuses localités du pays. Comment votre département gère ces conflits de façon concrète ?

En tant que journaliste vous savez que nous avons un pays exceptionnel en ce qui concerne le brassage ethnique. On cite aussi l’Inde en exemple, mais la Côte d’Ivoire occupe une place très importante dans ce sens. Avec 322.462 km2, on nous dit que nous avons soixante ethnies et ce n’est pas tout parce que les sociologues viennent de découper les ethnies, on doit être maintenant entre soixante et soixante dix. Si vous ajoutez à cela ceux qui nous viennent de l’extérieur que ce soit du Burkina, du Mali, du Ghana, contrairement à ce qu’on pense, les gens ne sont pas toujours homogènes. Parce que les gens viennent avec leur ethnie et s’ils occupaient un espace bien déterminé on aurait pu les dénombrer comme des ethnies de la Côte d’Ivoire. Quand on a un tel brassage qui est pour moi quelque chose de positif, on devrait s’attendre à ce qu’il y ait des altercations. Entre les Ivoiriens eux-mêmes au village, il y a déjà des altercations à plus forte raison au niveau d’un pays qui a accueilli tout ce monde. Nous ne devrons pas être surpris par les conflits, le plus important c’est de savoir les régler pour éviter que ça dégénère comme la situation que nous connaissons actuellement. Notre brassage est donc une richesse. Si des problèmes apparaissent il ne faut pas qu’on soit fébrile, c’est normal, il faut s’atteler à les résoudre.

Parlant de résolutions, M. le Ministre, vous avez été l’artisan de la réconciliation entre kroumen et Burkinabè à Tabou en 2006, après les évènements malheureux de 99. Comment s’est opérée cette réconciliation ?

Vous me posez là une très bonne question parce que je cherchais l’occasion pour expliquer cela. Très souvent, les journalistes écrivent sans nous approcher alors qu’il est bien de le faire même si on ne partage pas de ce qu’on a dit. Pour ce qui concerne la réconciliation entre kroumen et Burkinabè pour moi cela remonte à 2006. J’ai fait des tournées, en ma qualité de ministre de la Réconciliation à Sassandra, à San Pedro, à Guiglo, à Bloléquin etc. En passant à Tabou, j’ai constaté qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Parce que je suis arrivé dans un village où les gens m’ont accueilli avec un comportement étrange. Quand j’ai cherché à comprendre ce qui se passait, ils m’ont fait comprendre qu’ils pensaient que j’étais venu, en tant que ministre de la Réconciliation, pour réinstaller les Burkinabè bannis. Alors que j’étais juste parti me présenter à eux. Cette tournée m’a permis de me rendre compte que Tabou est une région très riche. Quand j’ai vu les plantations de palmiers à huile, de cacao, de café et d’hévéa, j’étais à la fois émerveillé et déçu. Emerveillé de constater que c’était une région très riche mais déçu parce que cette richesse ne se reflétait pas sur la population. J’ai vu des villages, je ne dirais pas sauvages mais quelconques qui ont besoin d’être développés. Je me suis interrogé de savoir comment cette région pouvait regorger d’autant de richesses et que les gens y vivent dans des conditions choquantes. La seconde fois que je me suis rendu dans la région c’était pour aller présenter les condoléances du gouvernement parce qu’il y avait eu un crime. Mais, ce qui m’a beaucoup plus choqué c’est qu’au mois d’avril 2006, il y a eu agression de la population dans le campement de Yaokro. Selon les informations, les plantations occupées par les baoulés appartenaient aux Burkinabè. Est-ce en guise de représailles que ces derniers ont attaqué ce campement ? Toujours est-il que lorsque je suis revenu, j’ai fait mon rapport que j’ai remis au gouvernement et je lui ai dit que nous sommes assis sur une poudrière. Et qu’il fallait qu’on agisse rapidement parce qu’il y avait des actions humanitaires à mener dans la région. Le Premier ministre de l’époque, Charles Konan Banny, a estimé qu’on pouvait confier ce dossier à d’autres personnes. Au lieu que ce soit moi qui ai fait le rapport qui m’occupe de ce dossier on a préféré le confier à d’autres en expliquant que cela relevait du foncier.

Comment avez vous repris le dossier en main ?

Le problème est resté non résolu jusqu’à ce que les cadres de la région me fassent appel pour venir parrainer ou présider des séminaires. C’est ainsi que je me suis retrouvé à nouveau à Tabou au mois de juin 2006. J’ai invité l’Ambassadeur du Burkina en Côte d’Ivoire ainsi que toutes les communautés autochtones comme allogènes. Ce séminaire s’est appesanti sur le cas des Burkinabè bannis. Et c’est à l’occasion que les kroumen et les chefs de communauté Burkinabè, séance tenante, m’ont demandé de m’occuper de ce dossier. Voici comment j’ai repris en main ce dossier. Je pense que cette confiance se justifie par le fait que je sois non seulement Ministre de la Réconciliation, mais aussi parce que je viens de Gagnoa, donc proche de la région. C’était donc une mission et un défi à la fois pour moi. J’ai donc commencé à travailler avec les cadres. Nous avons d’abord eu au moins cinq réunions ici à Abidjan. Parce que je ne pouvais pas aller sur le terrain sans avoir l’appui des cadres. Lorsque je suis allé sur le terrain, je me suis rendu compte qu’il y avait trois types de démarches à entreprendre. Il fallait d’abord mettre les populations en confiance, briser le mur de méfiance et de suspicion. Deuxièmement, il fallait réaffirmer l’autorité des chefs coutumiers, de villages et communautés étrangères. Il était nécessaire qu’un chef parle au nom des autres et ne pas laisser le désordre prospérer. Cette démarche a eu le mérite de ramener la considération mutuelle entre les deux entités opposées. En troisième lieu, du côté des Burkinabè (Dagari, Lobi ndlr), il fallait prendre en compte leurs besoins de survie. Parce que ce sont des gens qui n’ont que leurs bras et la terre pour vivre. Tant qu’ils n’avaient pas accès aux plantations, ils erraient à San Pedro, Sassandra, à Gagnoa et à Soubré et ne pouvaient pas s’asseoir tranquille et manger dignement.

Comment la population a accueilli cette démarche ?

Dès que j’ai présenté les choses de cette façon, les populations ont été à l’aise et heureuses de m’accueillir. J’ai pu aussi me rendre compte que si les tentations de résolutions avaient échoué avant moi, c’est parce que les gens voulaient imposer la paix. Les Kroumen n’acceptaient pas cette façon de faire et même aujourd’hui encore, ils n’accepteront pas cela. C’est ainsi que j’ai conduit plusieurs missions de médiation dans plusieurs villages. En fait, la médiation était à faire dans le camp des kroumen, puisque les Burkinabè étaient derrière moi et demandaient pardon. Vous savez, les kroumen ont leur méthode. Lorsque vous discutez, à un moment ils demandent à se retirer pour décider. Ils entrent donc en conclave et peuvent mettre une journée avant de venir vous dire ce qu’ils décident. On tient peu compte de l’autorité. L’Ambassadeur Emile Ilboudo et moi en avons fait les frais parce qu’on s’est réunis pendant un jour et demi. Et généralement quand ils revenaient, ils ne disaient pas autre chose que ce qu’ils ont dit la veille. C’était peut-être des mesures d’usure pour nous décourager mais j’avais moi aussi opté de ne pas partir sans trouver une solution au conflit. Patiemment, nous les avons travaillés au corps et obtenu le premier accord en novembre 2006 dans le village de Klotou. Mais, c’est après un marathon éprouvant parce que j’y étais presque toutes les semaines. J’ai été aidé en cela, par le Ministre Diby Koffi qui mettait les moyens à ma disposition à l’époque. Le Ministre Diby savait que si le problème venait à être réglé à Tabou, les activités agricoles allaient booster le développement. Toute la zone de la région qui va de Tabou jusqu’à Grand Béreby compte environ douze tribus. Sur ces douze tribus, nous avons convaincu onze qui ont accepté la levée du bannissement des Burkinabè. Selon ces tribus, c’est leur tradition qui exigeait cette sanction vis-à-vis des Burkinabè. Pour eux, si les Burkinabè étaient venus le jour du drame demandé pardon, les choses se seraient passées autrement. Ce qui a mis le feu aux poudres c’est le fait qu’ils aient pris fait et cause pour leur frère qui était malmené.

Y’avait-il une explication au refus de la tribu Ompo ?

C’était en effet la seule fausse note. La tribu Ompo m’avait demandé un délai de réflexion que je ne pouvais pas refuser séance tenante. Pour moi, le résultat était bon à prendre, parce que nous avions onze sur douze et ce n’était pas rien. Seulement, j’espérais que les semaines qui suivent cela allait se faire rapidement. Nous avions fait la cérémonie au mois de décembre 2006 en présence de Nana Bibi II, des ministres de l’Economie et de l’Intérieur sans les Ompo. La fête fut belle.

Aviez vous songé à y installer des comités de suivi de cette réconciliation ?

Oui nous avions déjà installé ces comités et je les ai instruits de continuer le travail avec le préfet. Pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets et à la lumière des enseignements tirés de ce conflit, un document a été élaboré qu’on a appelé le code de cohabitation pacifique pour régir la vie des deux communautés. Ce document est aujourd’hui critiqué, il n’est certainement pas parfait mais il était adapté au contexte de l’époque. A l’époque, nous avons insisté sur la notion du tutorat. Pour des gens qui sont partis depuis six ans, il est évident que leurs plantations sont envahies par la forêt quand elles ne sont pas entretenues par des villageois. Il faut bien les leur rendre mais pour le faire, à qui s’adresser. Cette question justifie le sens du tutorat parce que c’est le tuteur qui sait là ou vous travailliez. Tous les problèmes qui se poseront seront réglés par lui et avec lui. Et nous avons dit à l’époque qu’il fallait répertorier tous ceux qui étaient à Tabou et qui avaient des plantations avant la date du bannissement. Ce recensement allait nous permettre d’éviter que des opportunistes s’infiltrent. Les Burkinabè n’en voulaient pas au départ mais pour nous, c’était pour faciliter le règlement de la crise. C’est donc pour tout cela que nous avons mis des comités locaux dans chaque village en plus du comité local du département. Ce comité comprend les chefs de village, et les différentes communautés, des jeunes et des femmes.

Le refus de la tribu Ompo sonne donc comme une mission inachevée pour vous, Monsieur le Ministre ?

Malheureusement oui, je le reconnais. Nous avons encore des difficultés avec la tribu Ompo et ça me préoccupe énormément parce que je ne peux pas faire la paix à moitié. Je ne peux pas non plus obligé les Ompo à accepter de force les Burkinabè. Je continue de négocier. Pour vous dire la vérité, les Kroumen étaient venus rendre visite au Président de la République. Lors des préparatifs de cette rencontre, nous leur avons posé comme condition de nous dire ce qu’ils décidaient pour les Burkinabè qui n’avaient pas encore accès aux villages de la tribu Ompo. Mais ils ont tout fait pour contourner mes conditions. Mais, je continue ma mission, surtout par conviction. Et je suis obligé de réussir cette mission. Parce que ce n’est pas normal que le pauvre paysan qui vit de la terre ne puisse pas accéder à sa plantation. C’est la même préoccupation pour Bloléquin et partout où les choses ne sont pas encore totalement entrées dans l’ordre.

Qu’est ce qui pose problème réellement au niveau de la tribu Ompo ?

Pour vous dire la vérité, je suis un peu gêné par les activités un peu désordonné au niveau de la tribu Ompo. Il y a des personnes qui se sentent l’âme de négociateurs, qui pillulent un peu dans la région et qui racontent n’importe quoi. Ce qui crée d’autres frictions. Ce désordre ne me facilite pas la tâche. Ce sont des gens que nous connaissons et qui sont là bas parce qu’ils ont besoin de quelque chose. Mais aux dernières nouvelles les gens sont disposés à nous accueillir. Je devais repartir avant la fin de l’année dernière mais je n’ai pas eu le temps. Ce qui est sûr c’est que les gens sont à pied d’œuvre, surtout l’ONG Gratta qui s’investit pour que cette situation connaisse un dénouement. C’est un enjeu, ce n’est pas facile parce qu’au moment où on s’évertue à régler ce problème, il y en a qui attisent le feu.

Qui sont ces personnes, Monsieur le Ministre ?

Je ne peux pas vous le dire mais je sais que le règlement de cette crise n’arrange pas beaucoup de gens.

Monsieur le ministre, nous avons publié lundi dernier un reportage sur Tabou qui a eu le mérite de révéler l’achat des plantations des Burkinabè par des personnes qui se trouvent être pour certaines, de hautes personnalités de ce pays. Comment comptez vous résoudre cette équation ?

Votre constat est juste. Je vous ai dit tantôt que nous, au Ministère de la Réconciliation, nous disons, Vérité, Justice et Pardon. La vérité c’est quoi dans le cas d’espèce. C’est de savoir qui était l’exploitant de la terre ? L’autochtone intervient et l’exploitant intervient aussi. Moi, je ne veux léser personne. Et personne ne doit être lésé. Si par extraordinaire, comme vous disposez de faits tirés de votre reportage, des plantations avaient été vendues à d’autres personnes par le propriétaire terrien, qui voulait vivre de sa terre pendant l’absence de l’exploitant, ce qui me parait logique selon la loi de 98, le minimum est que celui qui sort perdant soit dédommagé. C’est ma démarche et c’est ce que j’appelle la justice. Il n’est pas question de brimer où de spolier qui que ce soit. Le Burkinabè de la région de Tabou qui faisait partie des bannis et qui revient après l’accord que nous avons obtenu doit être traité avec justice. Je crois savoir que l’un des cadres que vous avez interrogé, parce que c’est quelqu’un que je connais, a dit qu’il n’était pas au courant de tout ça mais qu’il s’engage à dédommager les planteurs concernés par sa plantation. Je crois que c’est dans ce sens que tout le monde doit aller de sorte que personne ne soit lésé dans cette affaire.
Je ne peux pas accepter qu’un autre conflit éclate demain parce qu’on aura mal réglé cette petite affaire. On sait combien coûte aujourd’hui une parcelle ou une plantation. Quand on fait les routes par exemple, on détruit des choses mais l’Etat dédommage. Pourquoi on n’appliquerait pas cela aux autres. J’exhorte donc ceux qui ont acheté ces plantations par méconnaissance à dédommager ceux qui doivent être dédommagés. S’ils peuvent les réinsérer quelque part pourquoi pas ? Parce que nous cherchons les voies et moyens pour que les étrangers vivent en harmonie avec les Ivoiriens. Il ne faut pas que ces petits problèmes particuliers viennent troubler notre quiétude.

Est-ce qu’on peut espérer une implication personnelle de votre part dans ces négociations ?

Les gens ne m’ont pas compris quand j’avais demandé qu’on fasse le recensement. Ce fichier nous aurait aujourd’hui permis de savoir qui est rentré et qui n’est pas là. Cette base était essentielle pour les négociations. Je vais encore prendre attache avec le préfet et le sous préfet. Dans votre reportage, j’ai lu que c’est quelque deux cents personnes qui sont concernées par cette affaire de plantations vendues. Ce chiffre n’est rien du tout par rapport à la masse de population qui était dehors avant 2006. J’ai été très heureux, quand j’ai lu le reportage, de constater que même la tribu Ompo qui était farouchement opposée au retour des Burkinabè, accepte le retour de certains. Cela veut dire qu’il y a de l’espoir. On me disait également qu’il y a trois autres villages qui étaient prêts à accueillir les Burkinabè. Mais, comme il y a des alliances traditionnelles qu’ils concluent souvent, ils n’osent pas faire le pas. C’est à nous de les amener à faire le pas. Mon souhait est que les journalistes nous aident en évitant de politiser le conflit Burkinabè Kroumen. Je parle surtout aux Ivoiriens. Parce qu’il s’agit de la vie des hommes. Que ce soit à Bloléquin ou à Gagnoa, il faut éviter de politiser ces conflits. Nous nous battons pour que chacun gagne son pain. Le débat politique doit se situer au niveau du bien être des populations. Mais de grâce, pour des gens qui vivent dans la détresse et pour qui nous faisons des efforts, s’il y a deux cents qui souffrent encore, faisons en sorte qu’ils puissent réintégrer leurs plantations. Il faut donc que les journalistes nous aident dans les écrits à être le plus conciliant possible.

Monsieur le Ministre, vous l’avez reconnu plus haut, il n’y a pas que Tabou, ni seulement les Burkinabè qui soient en conflit. A Guiglo, et à Bloléquin, ils sont des milliers, les allogènes qui attendent eux aussi d’être réintégrés dans les campements ?

Vous savez lorsque j’ai été nommé, la Côte d’Ivoire était dans tous les sens. La mission était très difficile. Nous avons dû organiser de nombreuses tournées pour éviter que nos communautés s’empoignent parce qu’il y avait beaucoup de rumeurs qu’il fallait gérer. Heureusement, nous avons réussi, puisqu’il n’y a pas eu d’affrontement entre les ethnies ni entre les religieux. Aujourd’hui, il est plus question de régler les problèmes de survie. Cela est valable à Sikensi, à San Pedro et un peu partout. Et c’est tous les jours que les gens se soulèvent contre tel individu ou groupe d’individus. Savez vous qu’à San Pedro par exemple, la population s’est révoltée contre une entreprise agro industrielle. Les jeunes estiment qu’ils veulent travailler et que cette entreprise ne leur en donne pas l’occasion. Au lieu de négocier ils ont préféré procéder par la force. La aussi, grâce au comité de réconciliation, des solutions ont pu être trouvées. Pour consolider la paix dans cette région, nous avons bénéficié de l’appui du GTZ qui nous a permis de mettre en place de petits projets et à ce niveau, nous insistons pour que les bénéficiaires soient issus d’un brassage ethnique et non uniquement des Kroumen ou des Burkinabè. C’est une façon de consolider la cohésion.



Et le cas de Bloléquin, Monsieur le Ministre ?

Bloléquin est le gros problème que nous avons aussi dans cette partie de l’ouest. Nous y avons consacré beaucoup de temps mais, le problème demeure toujours. Contrairement aux autres zones, à Bloléquin, on a affaire à des jeunes qui ont manié les armes. Ils réclament même aujourd’hui un statut d’ex combattants et souhaitent être traités comme tels. Or, ce ne sont pas des combattants. S’il y a quelque chose à faire là-bas c’est au gouvernement de le faire. En ce qui nous concerne, nous y avons apporté à plusieurs reprises, le message du gouvernement en matière de réconciliation nationale. La dernière sortie que nous avons effectuée là bas avec le Ministre de la Solidarité et des Déplacés de guerre, le Ministre de la Reconstruction et en présence des bailleurs de fonds, était d’amener les populations à accepter le retour des planteurs qui avaient été chassés de la région. Les Guérés ont dit que si les allogènes retournent dans les forêts classées eux aussi iront occuper cette foret. Tout simplement parce qu’eux aussi avaient été chassés de là, il y a entre dix et vingt ans. Voilà le débat qu’ils ont posé. Ce qui semble logique. Nous avons donc menés des discussions en essayant de couper la poire en deux. Dans un premier temps, ils ont proposé que les allogènes paient des loyers. Cette proposition n’a pas été retenue. Finalement, ils ont proposé que puisqu’ils occupent déjà ces terres abandonnées, que les propriétaires leur concèdent un tiers de leur exploitation. Lorsqu’on a résolu ce problème, c’était au tour des eaux et forêts d’entrer dans la danse. Comme la forêt leur appartient ils ont dit qu’ils acceptaient désormais les allogènes dans cette forêt pour une période de dix ans. En plus, ils ont exigé le paiement de 12.500 FCFA par hectare. Tout le monde était content de cet accord et c’est ainsi que nous nous sommes quittés. Je peux vous assurer qu’on travaille avec le préfet à trouver des solutions. Et que l’ensemble des problèmes nous préoccupe.


Entretien réalisé par Alexandre Lebel Ilboudo
In Le Patriote du 2 février 2009


Sylvanus Kla

Publié le 03/02/2009 à 12:00 par lebel
Sylvanus Kla
Sylvanus Kla
Président du Conseil Général de San Pedro

« Je vais dédommager les planteurs Burkinabè concernés »

Accusé d’avoir crée son domaine agricole sur les cendres fumantes des enclaves des planteurs Burkinabè, pendant leur exil de la région de Tabou après les évènements de 99, Sylvanus Kla, président du Conseil Général de San Pedro, dit sa part de vérité et opte pour la conciliation.

Bonjour M. Sylvanus Kla, on vous attribue un vaste domaine agricole à Tabou. Confirmez-vous cette information ?


je suis le président du Conseil général de San Pedro qui couvre trois sous préfectures dont Grand Béréby. Ma compétence ne s’étend donc pas à Tabou où j’aurais pu commettre un quelconque abus. C’est loin de mon champ d’influence. Comme vous le savez, la terre est aujourd’hui un investissement sûr et comme beaucoup de cadres, je me suis intéressé à l’agriculture, notamment, à l’hévéa. Comme je ne souhaite pas faire d’investissement à San Pedro où je fais la politique, pour faire la part des choses, j’ai préféré investir dans une autre zone où je ne fais pas la politique. Et la zone où l’on pouvait trouver encore de la forêt est la zone de Tabou. Je suis donc aller dans ce département pour négocier des plantations.

Peut-on savoir les conditions dans lesquelles vous avez acquis ce domaine agricole ?

J’ai beaucoup de respect pour la population et pour l’être humain. Lorsque j’ai entamé les démarches, j’ai dit à la population que je ne souhaitais pas avoir un domaine qui souffre d’un quelconque problème. Parce que je ne tenais pas à être mêlé aux problèmes de terre qui opposaient les Kroumen aux Burkinabè. C’est sur ce principe que j’ai acquis trois plantations sur trois sites différents. Mais ce n’est pas moi qui suis allé m’occuper des travaux sur ces plantations. J’ai pris le soin de demander à mes travailleurs de veiller à ce qu’il n’y ait pas de plants de cacao, de café et de palmier. Et c’est comme ça qu’on a commencé à travailler depuis trois ans.

Des planteurs Burkinabè dénoncent l’empiétement de leurs enclaves par votre domaine et vous accuse de les avoir spoliés. Que répondez-vous à ces accusations ?

En effet, depuis un an, avec le retour des ex-expulsés dans cette zone, beaucoup de personnes ont commencé à dire que dans une des mes parcelles, ils avaient des enclaves de café ou de cacao. J’ai trouvé ces accusations très graves, parce que pour moi, cela ne devait pas avoir lieu dans la mesure où j’ai pris le soin de prévenir que je ne souhaitais pas avoir ce type d’affaire avec qui que ce soit.
J’ai donc saisi tout de suite le préfet et je lui ai demandé de voir le service de l’agriculture de sorte qu’une enquête soit menée et s’il s’averre que les plaignants ont raison, que des négociations soient engagées sous la direction du préfet. Même s’il faut payer à ces derniers des compensations financières, je suis prêt à le faire. S’il faut aussi dégager quelques enclaves, je suis prêt à le faire. Mais le tout est de parvenir à une solution définitive qui arrange tout le monde.

Avez-vous les conclusions de cette enquête ?

Le préfet a pris le problème en main et a convoqué les gens pour les rassurer en présence de la brigade de la gendarmerie. Ils ont effectivement établi qu’il y avait quelques exploitations de café cacao dans ma plantation. Mais cette enquête a réduit considérablement le nombre de personnes qui se disaient concernées par cette affaire. C’est beaucoup moins que cent personnes. Mais en réalité, je n’ai pas encore les conclusions de l’enquête, parce qu’elle est toujours en cours pour déterminer l’ensemble des personnes concernées. Je suis moi-même pressé que cette affaire soit rapidement réglée et j’appelle souvent le préfet pour savoir comment les choses avancent.

Accepteriez-vous de restituer ces enclaves litigieuses ou de dédommager les propriétaires ?

Dès que le service de l’agriculture et le préfet bouclent leur enquête. Ce que nous aurions arrêté après les négociations avec les concernés, je m’engage à exécuter cette décision. Je ne peux pas quitter San Pedro pour aller créer des problèmes à Tabou. Moi je ne suis pas sur le terrain, je donne des instructions, peut-être que ces instructions n’ont pas été respectées, c’est possible. Je suis vraiment désolé que les choses se présentent ainsi aujourd’hui. Mais je vous assure que le problème est beaucoup plus réduit qu’on l’annonce. Mais je reconnais qu’en montant ma plantation, il y a eu des enclaves des planteurs Burkinabè qui ont été englouties. Mais c’était de petites parcelles. Des parcelles de deux, trois ou quatre hectares.

Nous avons constaté des bûches de palmier dans votre plantation d’hévéa. Ce qui atteste qu’il y a eu destruction ?

Il y a eu en effet ce problème de plantation de palmier à huile qui s’est posé. C’est d’ailleurs la parcelle la plus importante, parce que ça doit faire entre six et huit hectares. Cette parcelle constituait une enclave dans ma plantation. J’ai donc cherché à savoir à qui elle appartenait. On m’a indiqué un villageois. Mes envoyés sont donc allés négocier avec le villageois et j’ai racheté cette parcelle à ce dernier. Parce qu’il aurait été difficile de maintenir cette enclave dans ma plantation tout simplement parce que l’accès poserait problème. On a donc enlevé les palmiers et on a mis en place les plants d’hévéa. Quand les burkinabé ont commencé à revenir, il s’est avéré que la plantation n’appartenait pas à celui qui s’est présenté à nous comme propriétaire. Après confrontation il a été établi que la parcelle n’appartenait pas à celui qui nous l’avait vendue.

Il y a donc eu erreur ?

Je reconnais qu’il y a eu erreur mais j’ai été de bonne foi dans toute cette affaire. Mais je rassure les uns et les autres que nous allons régler ce problème sous l’autorité du préfet. Je suis prêt à négocier et à dédommager ceux qui seront concernés après l’enquête.

Vous êtes donc prêt à payer le prix ?

On ne me demandera pas quand même cent millions, sinon je ne pourrais pas payer, parce qu’on ne vend pas un hectare de cacao ou de palmier à cent millions. Encore que ces plantations étaient envahies par la brousse depuis six ans. Mais comme je l’ai dit, nous règlerons tout ce problème par la négociation. Même s’il faut trouver de nouvelles plantations aux burkinabé, je suis prêt à leur donner les moyens pour le faire mais dans le cadre de la négociation. Je suis ouvert à toutes les propositions. Je m’y suis engagé devant le préfet, le commandant de brigade et le procureur de Tabou.

On peut donc espérer que ce problème trouve une solution définitive dans les meilleurs délais?

Ce qui va créer un problème, c’est qu’il y a certains qui reconnaissent qu’on leur avait donné un hectare et que par la suite ils l’ont étendu à quatre ou six hectares. Le service de l’agriculture qui doit faire la délimitation ne sait pas le nombre d’hectares à prendre en compte. Je pense que c’est ce qui explique que l’enquête dure un peu, parce qu’il faut que cela se fasse de manière consensuelle.

Un mot à ces personnes qui attendent ?

J’apprécie d’abord votre professionnalisme en venant vers moi, et en entreprenant ce reportage. Cela permet de nous expliquer et de nous comprendre. Les Ivoiriens ont besoin de la bonne information et vous vous devez de la leur donner. Je le répète, nous trouverons, sous la direction du préfet de Tabou, une solution à ce problème.


Propos recueillis par Alexandre Lebel Ilboudo

In le Patriote du 26 janvier 2009






Confli foncier

Publié le 01/02/2009 à 12:00 par lebel
Confli foncier
Entretien

Sawadogo Boureima
Doyen d’âge des planteurs Burkinabè

« Nos hôtes n’ont pas respecté la parole donnée»

Le moins qu’on puisse dire à la suite de l’entretien que nous avons eu avec le doyen des planteurs burkinabé dans les villages de la tribu ompo, c’est que, dix ans après le conflit foncier de Tabou, les Burkinabè ne comprennent pas l’attitude des villageois, hier, pourtant si hospitaliers et si affables. Ils ne comprennent pas qu’en dépit de la réconciliation scellée en 2006, leur réintégration ne soit pas encore effective dans les plantations.

Comment êtes vous arrivé ici à Tabou ?

Je suis le premier Burkinabè à m’installer dans le village de Déhi. J’ai été rejoint par la suite, par Guiro Karim qui est aujourd’hui décédé. Je suis arrivé ici en 1978 comme planteur. Mes tuteurs m’ont donné un espace entre la route de Gnanélékin et celle de Také. Nous n’étions que deux à cette époque avant que les autres n’arrivent. Nous avons vécu ici avec nos frères kroumen sans qu’il n’y ait jamais eu de problème. Malheureusement, le 13 novembre 99, il y a une bagarre et nous avons été chassés des villages.

Que s’est-il exactement passé en 99 ?

C’était un problème entre lobi et Kroumen. C’est un lobi qui a tué un kroumen à la suite d’une bagarre et les Kroumen ont attaqué les lobi et les Dagara. Les Burkinabè n’y étaient pour rien dans cette affaire. Mais nous avons été confondus aux lobi et nous avons été contraints de quitter les villages à la demande des Kroumen qui menaçaient de nous tuer. Au départ, ils nous ont dit de partir pour 15 jours pour ne pas être confondus avec les lobi contre qui ils avaient des comptes à régler.

Comment ce départ a-t-il donc été organisé ?

C’était en quelque sorte le sauve - qui - peut. Personne n’a eu le temps de prendre quoi que ce soit. Les plus chanceux ont juste pris le minimum. Dans certains villages, les Burkinabè avaient même été rassurés par les autochtones qu’ils veilleraient sur leurs maisons et leurs bêtes. Malheureusement, tout a été pillé dès le soir de leur départ.

Comment vivez-vous aujourd’hui ce conflit, neuf ans après ?

Aujourd’hui nous vivons une situation difficile. Nos hôtes avaient demandé notre départ pour 15 jours d’abord puis pour sept ans. Les sept ans sont aujourd’hui entamés et nous constatons qu’ils n’ont pas respecté leur parole. Les planteurs Burkinabè sont contraints de vivre dans la forêt dans des conditions difficiles. Puisqu’ils n’ont pas accès aux villages.

Pourquoi ces villageois s’opposent t-ils à votre réintégration ?

Il faut dire qu’ils ne pensaient pas que nous allions oser revenir dans leurs villages après ce qui s’est passé. Certains ont même vendu nos plantations. C’est en cela qu’il faut aussi reconnaître notre patience et notre détermination. Si nous étions fautifs, si c’étaient par notre faute que cette crise avait éclaté, nous aurions pu comprendre que nous soyons toujours l’objet de tant de rejet. Mais nous espérons reprendre possession de nos plantations parce que nous sommes dans notre bon droit.
Et comment comptez-vous récupérer les plantations vendues?

Ceux qui ont acheté ces plantations savent bien qu’elles appartiennent à des gens parce qu’ils n’ont pas créé de plantations. Ils ont détruit ce qu’ils ont trouvé pour planter ce qu’ils veulent. Ou ils nous restituent nos plantations ou ils nous dédommagent. Mais il n’est pas question de confisquer nos plantations. Nous n’avons pas attendu sept ans pour laisser tomber ce qui nous revient.

Arrivez-vous à discuter avec certains autochtones de vos problèmes ?

Oui, nous nous rencontrons souvent sur la route mais nous n’abordons pas ces sujets-là. Nous avons confiance aux autorités, parce que nous nous disons qu’elles n’ont pas de raison de nous dénier ce que nous avons acquis. Il y a eu récemment trois décès dans un village à côté et comme par le passé, nous avons cotisé une somme de 50.000 f CFA pour aller soutenir les familles endeuillées, mal nous en prit, nous avons failli nous faire lyncher.

Vous avez saisi le consul général d’Abidjan de cette affaire, début novembre. Quelle a été sa réaction ?
Nous avons, en effet, dépêché à Abidjan une délégation pour rencontrer le consul général qui a marqué son étonnement de savoir que le problème n’est pas totalement réglé, après la cérémonie de réconciliation qui s’est tenue à Tabou. Il a promis à notre délégation que quelque chose sera fait et nous attendons toujours.

Avez-vous un appel à lancer aux autorités ?

Je voudrais avant tout, remercier votre journal d’avoir fait le déplacement jusqu’à nous. Nous ne cherchons pas à avoir raison des Kroumen qui sont nos hôtes. La terre leur appartient et c’est eux qui nous l’ont vendue ou louée pour certains. Nous espérons seulement que le Consul et l’Ambassadeur prennent le devant de notre problème et trouvent avec les autorités ivoiriennes une solution à notre situation.

Propos recueillis par Alexandre Lebel Ilboudo
In le Patriote du lundi 26 janvier 2009
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