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08.09.2008
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23.04.2013
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Derniers commentairesquel dommage. j'avais pris "la gazelle" jusqu'à bobo dioulasso en 1984 ou 1985, c'était propre et plus rapide.
Par Anonyme, le 23.03.2013
ecrire votre commentaire... bonjour tu peut voter pour mon forum merci
ta as juste a cliquer sur le lien c
Par lisaelisabeth, le 17.02.2013
j'aimerais tant avoir le contact du dr car mon parent est seropo depuis deux jours. mon numero est le 08 44 47
Par marshall, le 13.02.2013
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Par infos, le 11.02.2013
merci mon pour l'info sur la date de la messe de nuit et aussi les funerailles de nos freres de n'gokro.http:/
Par desse kona, le 31.01.2013
Voici quelques années déjà que le site d’Abouabou, sur la route de Grand-Bassam, vit une crise foncière à rebondissement. Le point culminant a été atteint, le vendredi 12 avril dernier lors d’une opération de déguerpissement des riverains qui a dégénéré, occasionnant de nombreux blessés. Qui a tort et qui a raison dans ce conflit meurtrier ? Eléments d’explications.
Le vendredi 12 avril dernier, le quartier Mafiblé, situé à une douzaine de km de Gonzagueville, est le théâtre d’affrontements sanglants dont les bruits, comme une traînée de poudre, parviennent aux oreilles des Abidjanais. Près d’une vingtaine de blessés sont enregistrés au cours d’une violente rixe entre forces de l’ordre et populations. A l’origine de cette bagarre rangée, une opération de déguerpissement initiée par la Société d’aménagement et de financement des travaux publics (SAFTP), qui veut prendre possession du site en vue d’engager des travaux, fondée en cela dans son action par des actes de propriété. Les journaux en font leurs choux gras en affichant dès le lendemain des titres plus ou moins affolants sur le conflit. Puis le mercure retombe, et plus personne n’en parle. Ni de l’état de santé des nombreux blessés, ni de la situation qui prévaut sur le site, encore moins des nombreuses arrestations de personnes qui ont eu lieu ce vendredi noir. Et pourtant, le feu couve toujours sur le site. Le patriote, qui a pris sur lui de suivre le développement de cette affaire, est à même d’affirmer que toutes les personnes arrêtées dans le cadre de ce conflit ont été relaxées. Quant aux blessés, la plupart ont repris leur activité, hormis quelques-uns qui poursuivent encore leur convalescence.
Mais d’où vient cette crise foncière aux lourdes conséquences socio-économiques ? A en croire Nana Amon Koutouan Guillaume, chef du village d’Abouabou, que nous avons rencontré, le site litigieux était à l’origine, en 1944, une forêt classée. « Cette forêt de 4700 hectares, intégrant le vaste quartier de Gonzagueville, a été déclassée en 1955 par l’Etat de Côte d’Ivoire, qui l’a mise à la disposition des Ebrié», rapporte-t-il. Mais selon des informations que nous avons recueillies auprès des anciens, cette parcelle de terre ainsi libérée va très vite se trouver au centre de nombreux conflits internes entre plusieurs villages ébrié, chacun revendiquant sa part de terre. Une situation de conflit permanent qui n’empêche guère l’occupation, au fil des années par tierce personne, du site litigieux.
Genèse d’un imbroglio foncier…
Ainsi, plusieurs personnalités et non des moindres y ont acquis des parcelles. Légalement, puisqu’ils disposent de documents l’attestant. C’est le cas de la famille Codjovi, qui affirme détenir 200 hectares de terres du côté d’Anani Techweledougou, des familles Ouézzin Coulibaly, Ouattara et la famille Sylla. A côté de ces domaines familiaux, on y dénombrait de nombreuses plantations qui se sont créées entre 1970 et 1980, mais également des villages comme Mafiblé 1 et Mafiblé 2 sortent de terre. Mafiblé 1, selon Nana Koutouan est un campement appolo autorisé par les Ebrié. Quant à Mafiblé 2, scène du conflit du vendredi 12 avril dernier, les Ebrié disent avoir affaire à des riverains squatteurs, sans titre d’occupation des lieux. « Mafiblé 2 est une conglomération d’ouvriers du Centre national de recherche agronomique. Ce sont eux qui nous posent problème en soutenant des gens qui se sont illégalement installés sur nos terres»,accuse Nanan Amon Koutouan.
Dans le lot des sites litigieux, figure le Centre national de recherche agronomique (CNRA) dénommé «Station Marc Delorme ». Ce centre qui s’étend sur une superficie de 788 hectares et qui depuis 1999 bénéficie du statut de patrimoine mondial, jouit pourtant d’un arrêté légal d’occupation n°571/AGRI/DOM, du 22 mai 1967 du ministère de l’Agriculture.
Mais au grand dam de ce centre et de bien de riverains du site, les villages ébrié d’Abouabou, d’Akouè-Agban, d’Anan, de Brégbo et de Petit Bassam s’annoncent en 2008 et revendiquent la propriété de l’ensemble des parcelles. L’effet de surprise générale fait croire à plus d’un qu’il s’agissait d’une mauvaise blague. Que non ! Les cinq villages qui revendiquent la propriété du site sont bien sincères. C’est qu’ils disposent chacun de lettres de mise à disposition dûment signés du ministère de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat en date du 10 novembre 2008. Et les choses de s’enchaîner au détriment de ceux qui croyaient jusque-là être les propriétaires de terre. Puisque l’année suivante, le même ministère prendra des arrêtés pour approuver les plans de lotissement présentés par les cinq villages dans le cadre de la mise en valeur des superficies à eux octroyées. Du coup, ces arrêtés ont force d’utilité publique et valent alignement. C'est-à-dire, exécution.
...Entretenu par des actes administratifs litigieux
C’est qu’entre-temps, en 1998, les villages ébrié, à en croire le chef du village d’Anan, Aboussou Djama Pascal, ont saisi les tribunaux aux fins de partage de ce qui restait encore des 4700 hectares de forêts déclassée, dont ils se disent propriétaires. La justice ordonne une enquête à la suite de laquelle, elle homologue en 2005, par le jugement N°2305 du 25 juillet 2005, l’acte de partage. C’est en se fondant donc sur cette décision de justice que le ministère de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat a, sans doute, délivré les lettres de mise à disposition à ces cinq villages. Ce qui parait pour le moins conforme. Seulement, depuis 2009, impossible d’exécuter les plans de lotissement approuvés par le ministère sur le terrain malgré le recours régulier à la force publique.
Là où le bât blesse, c’est que tous ces actes susmentionnés auraient été pris presqu’à l’insu des riverains. C’est d’ailleurs l’argument mis en avant par le CNRA, qui a assigné en référé auprès du tribunal de 1ère instance en 2012, les cinq chefs de village ébrié ainsi que l’opérateur économique. Le CNRA obtient donc par ordonnance N° 3372/2012 du 11 juillet 2012 la suspension des travaux. Dans la même logique, bien d’autres personnes saisissent la voie judiciaire pour préserver leurs droits. On peut citer parmi elle, la famille Codjovi, qui exploite une carrière sur une superficie de 200 hectares dans la zone d’Anani. Cette famille aussi dispose d’une grosse du tribunal de 1ère instance d’Abidjan en date du 04 mars 2013, ordonnant la suspension des travaux de l’opérateur économique. Et les exemples d’exploits de justice sont légion et témoignent de façon éloquente de la gravité de la situation foncière à Abouabou.
Même les décisions de justice sont contestées
D’ailleurs, le collectif des cinq chefs ébrié propriétaires de la forêt déclassée d’Abouabou met en cause la justice qu’elle accuse de prendre des ordonnances «complaisantes» sur une propriété qui ne souffre d’aucune polémique. Mais du côté de la justice on se garde de tout commentaire en mettant en exergue les faits. « Les travaux doivent être suspendus jusqu’à ce que le ministère de la construction se prononce sur tous les recours administratifs pendant devant lui», nous confie une source anonyme au tribunal de 1ère instance, proche du dossier.
A propos des recours devant le ministère de la Construction, il faut préciser que les riverains des sites de lotissement litigieux lui reprochent d’avoir pris des actes administratifs sans une enquête de commodo et d’incommodo. Et d’avoir émis des lettres de mise à disposition sans tenir compte de ceux qui vivaient sur le site. «Comment peut-on entreprendre une telle opération sans prendre la peine d’ouvrir une enquête au préalable ?», se plaint Codjovi Romuald. Et d’en déduire : « On veut nous exproprier, c’est tout !».C’est que les 5 arrêtés ministériels d’approbation des plans de lotissement des cinq villages ne font aucunement mention d’une enquête de commodo et d’incommodo. Mais sur ce point précis, les chefs ébrié rétorquent que cette enquête est antérieure au plan de lotissement. «Quand on décide de faire un lotissement, c’est qu’on est déjà propriétaire du site en question»,soutiennent t-ils. Dans une telle guéguerre, seule la justice pourrait trancher définitivement cette crise foncière.
Alexandre Lebel Ilboudo
Encadré
Urgence d’informer et lenteur administrative
La responsabilité de l’administration dans la crise foncière qui se joue dans la zone d’Abouabou est très grande. Les 5 villages ébrié qui revendiquent la propriété des terres sont bel et bien fondés dans leurs actions. Documents à l’appui. Mais les riverains qui s’opposent à leur déguerpissement sont aussi détenteurs pour la plupart de documents plaidant en leur faveur. Comment cela est-il possible ? Seule l’administration peut le dire. Malheureusement, dans le cadre de ce dossier, nous avons frappé à la porte du ministère de la construction, de l’urbanisme et de l’habitat et de la mairie de Port-Bouët sans avoir eu gain de cause. Pas que nous n’ayons pas eu d’interlocuteurs, mais ceux-ci ne semblaient pas outillés pour satisfaire nos préoccupations. Lesquelles sont clairement exposées dans le fil du dossier. Ya t-il eu enquête de commodo et incommodo avant les lettres de mise à disposition des superficies litigieuses aux cinq villages ébrié ? Pourquoi les arrêtés d’approbation des plans de lotissement ne font aucunement référence à un avis ou une enquête de commodo et incommodo ? Nous n’aurons pas malheureusement les réponses à ces questionnements, qui semblent pourtant être la clé de cette grave crise. Pour M. Dosso, responsable du service du contentieux au ministère de la Construction vers lequel nous nous sommes tournés, ce dossier est suffisamment complexe pour qu’il s’y aventure sans prendre le temps de bien s’informer. La même réponse nous sera donnée à la mairie de Port-Bouët où, nous recevant, le Secrétaire Général, M. Ludovic N’Dri, a avoué ne pas maîtriser les contours de ce conflit. En conclusion, on note sur ce dossier, que ni M. Dosso, ni M. N’Dri ne sont à même de confirmer ou d’infirmer la moindre information, se contentant tous deux de s’en imprégner d’abord avant de réagir dès que possible. Mais comme l’urgence de l’information ne s’accommode pas avec la lenteur administrative, nous avons décidé de publier ce dossier. En laissant toutefois la latitude au ministère de la Construction et à la mairie de Port-Bouët de réagir, lorsqu’ils estimeront le moment venu de dire leur part de vérité. Pour éclairer l’opinion, qui attend. Impatiemment.
A L I
La baie lagunaire de Cocody enregistre depuis peu, des travaux de dépollution et de désensablement. Le directeur du centre ivoirien antipollution, Diby Niangne Martin, donne dans cet entretien, des précisions sur les opérations en cours.
Le Patriote : Peut-on commencer par un rappel des missions du Centre ivoirien antipollution ?
Diby Niangne Martin : Le centre ivoirien antipollution est un établissement public à caractère administratif créé en 1991, par le décret 91 - 662. Le CIAPOL a quatre principales missions. Il s’agit du suivi de la qualité des milieux récepteurs. J’entends par milieux récepteurs, l’eau, le sol et l’air. La deuxième mission principale, c’est la surveillance continue des milieux marrais et lagunaires à travers des patrouilles régulières et la lutte contre les pollutions de ce milieu. La troisième mission, c’est le contrôle régulier des établissements industriels et la quatrième mission, la décontamination ou la dépollution des sites pollués par des produits dangereux.
LP : Justement, on note que la baie lagunaire de Cocody est actuellement en plein chantier. Quelle est la nature des travaux en cours ?
DNM : Il faut rappeler que les baies lagunaires d’Abidjan sont des milieux récepteurs qui reçoivent toutes les eaux usées d’Abidjan. La baie de Cocody n’est pas de ce fait épargnée. Par le passé, vous vous êtes rendus compte qu’à chaque saison des pluies, le carrefour de l’indénié est toujours inondé. Le gouvernement a donc décidé qu’il n’y ait plus d’inondation à ce carrefour. Et vous avez remarqué qu’il y a des chantiers qui sont ouverts en amont de cette baie. Ces travaux visent à retenir les eaux pluviales et les sédiments venant d’Abobo, en passant par Williamsville et le Plateau Dokui. Pour avoir donc une solution durable, il faut aussi dépolluer la baie de Cocody. C’est ce qui est en cours.
LP : Comment en est-on arrivé à cette étape?
DNM : Il faut rappeler que le gouvernement avait mis en son temps, un comité interministériel de suivi des travaux de dépollution, présidé par le Premier ministre Guillaume Soro avec pour Secrétaire, le ministre Allah Kouadio Rémi. Le gouvernement a donc instruit le ministre Allah Kouadio Rémi d’aller chercher des partenaires pour une solution au problème de la baie lagunaire. Il est donc allé en Suède pour rencontrer des partenaires.
LP : Pourquoi la Suède ?
DNM : La Suède parce qu’en matière d’assainissement et de traitement des eaux, ce pays a une expertise mondialement reconnue. Même les Américains ont recours souvent à la Suède. Le ministre a donc rencontré le gouvernement suédois pour demander son expertise et des financements. Les experts suédois sont donc venus en Côte d’Ivoire faire des prélèvements de sédiments et d’eau avec le CIAPOL. Les résultats ont révélé un niveau de pollution très avancée. Les métaux détectés sont au dessus des normes. C’est donc sur cette base qu’ils ont conçu un plan de dépollution qui a consisté à acquérir une machine de dragage et une unité de traitement des eaux. Depuis le 20 février dernier, la machine de dragage est arrivée et tout cela a été ponctué de deux semaines de formation de base du personnel ivoirien. La dépollution a donc commencé la semaine dernière.
LP : En quoi va consister concrètement cette dépollution?
DNM : Elle consiste d’abord à faire le désherbage sur le plan d’eau, ensuite à extraire tous les déchets solides. Je vous précise que la baie lagunaire contient des pneus, la ferraille et toutes sortes de déchets. La machine va donc enlever des eaux, tous ces déchets. Quand cette phase sera terminée, il sera question d’excaver la partie consolidée de la baie. C’est après cela que la machine de traitement des eaux rentrera en action pour faire le dragage et traiter les sédiments. Quand on drague, l’eau sort par la machine de traitement et elle est ainsi débarrassée à 80% des impuretés. Les sédiments qui seront traités vont subir un autre traitement. Ce sera le traitement biologique. On va aménager une plateforme où on aura des batteries qui vont réduire le volume des sédiments traités. Le dernier produit va servir à la fabrication des briquettes. Voilà les différentes étapes de la dépollution.
LP : A combien revient le coût des opérations?
DNM : Le plan de dépollution présenté par les experts suédois est de 10, 5 milliards FCFA. La part de l’Etat est de 10% et les 90% financés par les Suédois. La dépollution coûtera donc 10,5 milliards FCFA.
LP : L’Etat s’est-il déjà exécuté ?
DNM : Oui, l’Etat a déjà décaissé sa part. C’est cet argent qui a servi à l’achat des deux machines. La machine de dragage et la machine de traitement. C’était les conditions du démarrage de la dépollution. Mais je voudrais préciser que les machines restent le patrimoine de l’Etat ivoirien.
LP : Combien de temps vont durer ces travaux?
DNM : Le plan de dépollution est prévu sur quatre ans. Mais pour le ministre de l’environnement et du développement durable, ce délai est long. Il faut aller vite. Et le CIAPOL a une machine qu’elle va mettre à contribution pour réduire le temps des travaux.
LP : Le démarrage des travaux de dépollution de la baie a eu comme conséquence, le déguerpissement des fleuristes installés sur le site depuis des décennies. Quel arrangement a-t-on trouvé avec ces travailleurs ?
DNM : C’est une question délicate. Et si vous me permettez, je voudrais vous renvoyer la question. Imaginez que vous avez un terrain qui vous appartient. N’ayant pas les moyens de bâtir votre maison, quelqu’un vient s’installer pour faire du maraîcher pendant dix, voire quinze ans sans votre consentement. Le moment où vous êtes prêts à construire votre maison, accepteriez-vous de vous asseoir avec quelqu’un pour négocier quoi que ce soit ? Ou pour parler d’un dédommagement ? Si vous répondez à cette question, je pense que vous aurez trouvé la réponse.
LP : Mais l’Etat peut proposer quelque chose au moins à ces pères de familles ?
DNM : J’ai rencontré ici même les responsables du syndicat des fleuristes. Ils m’ont fait savoir qu’il y a eu une étude environnementale et sociale qui a été diligentée l’année dernière. Et que cette étude a conclu qu’ils doivent être dédommagés ou relogés parce qu’il y avait des bailleurs de fonds qui venaient. Je leur ai dit que ce projet est un projet ivoirien avec un financement ivoirien. Je leur ai dit que s’ils voulaient que cette baie soit dépolluée, ils doivent partir. Je leur ai clairement dit que l’Etat n’a pas prévu de dédommager quelqu’un dans le cadre de ce projet. Et sur ce point, nous nous sommes entendus.
LP : Un appel à l’endroit de la population ?
DNM : Mon appel s’adresse à la population qui a fait des branchements anarchiques dont les déchets continuent d’atterrir dans la baie de Cocody. C’est vrai que le gouvernement est en train de prendre des dispositions pour mettre fin à ces branchements. Mais les caniveaux d’eau pluviale ne sont pas faits pour recevoir des déchets solides. Il faut mettre les ordures ménagères dans les poubelles et non dans les caniveaux.
Par ALI
Le gouvernement ivoirien a décidé d’en finir avec la pollution de la baie lagunaire de Cocody. Des travaux d’envergure sont en cours. Nous nous sommes attardés sur ce chantier pour en savoir les tenants et les aboutissants. Reportage.
Enfin, les nénuphars et autres plantes sauvages qui recouvrent la baie lagunaire du café de Rome, aux abords de la Pisam, sur la corniche, conférant au plan d’eau un paysage répugnant de pollution, sont en passe de devenir un vieux souvenir. En effet, depuis le mois de mars dernier, le Centre ivoirien antipollution a entamé la dépollution de cette baie. Sur le site, le dispositif est en place et les machines sont bien à l’œuvre pour restaurer cette baie dans sa situation originelle. Il s’agit, selon le directeur du CIAPOL, le capitaine de Frégate Diby Niangne Martin, d’une dragueuse et d’une unité de dépollution. Ce matériel acheté par l’Etat de Côte d’Ivoire est manœuvré par un personnel dont la formation s’est achevée peu avant le démarrage officiel des travaux. Lesquels s’annoncent longs et même coûteux. 10,5 milliards FCFA dont 10% financé par l’Etat de Côte d’Ivoire. Ces opérations de dépollution entamées, s’étendront sur quatre ans. C’est que l’opération en cours, est le résultat d’un partenariat entre l’Etat de Côte d’Ivoire et la Suède.
Des projets futuristes en vue
Mais à terme, quel sera le futur visage de la baie lagunaire quand les travaux auront pris fin? Cette question est du ressort du district autonome d’Abidjan qui a déjà concocté un projet d’aménagement. Selon le directeur de l’environnement et du développement durable du district d’Abidjan, M. Yao Kouadio, la baie lagunaire va abriter un projet futuriste. « Le gouverneur du district veut donner un nouveau visage à cette baie lagunaire en y construisant des infrastructures socio-culturelles et économiques pour permettre à l’espace de s’autofinancer. Un cabinet d’architecte a déjà sorti la maquette qui a été présentée au ministre de l’Environnement et du développement durable et au président de la république qui l’ont validé», a-t-il expliqué. M. Yao Kouadio a bien voulu nous donner un aperçu de l’aménagement. Selon lui, le district prévoit entre autres, un aquarium géant présentant les espèces maritimes, des aires de spectacles avec podiums, des bateaux de plaisances, des hôtels, des restaurants, des espaces verts, des espaces de promenade, des pistes cyclables et des piscines pour enfants. «Pour la réalisation de ces projets, le district entend dégager suffisamment d’espace sur le long des rives de part et d’autre du plateau et de la corniche»,précise t-il. Coût estimatif des investissements pour l’ensemble des projets énumérés, 20 milliards FCFA selon le directeur de l’environnement et du développement durable du district. « Ça sera un site à vocation touristique et commerciale», a conclu M. Yao.
Mais de manière pratique, le district, selon les informations que nous avons pu recueillir de bonne source, envisage réaliser ces projets sous contrats de BOT (Build, Operate and Transfer). A charge pour les sociétés promotrices de récupérer sur un certain nombre d’années, leur investissement. Le district se chargera donc d’accompagner, orienter les projets et veiller à leur réglementation. Mais pour que ce si beau projet soit déroulé, il faudra attendre la fin des opérations de dépollution et de restauration de la baie lagunaire.
Alexandre Lebel Ilboudo
Le ministère des transports a engagé de grandes réformes en vue de permettre aux transporteurs de jouer pleinement leur rôle de catalyseur économique pour pallier les difficultés actuelles du secteur. Dans ce processus de modernisation et de sécurisation des titres de transport, la Société nationale des transports terrestres (Sonatt) joue un rôle essentiel. Nous avons rencontré son Directeur Général, M Issouf Traoré. Entretien.
Le Patriote : Les Ivoiriens ont été habitués, Monsieur le Directeur, dans un passé récent à des tiraillements au sein de la Sonatt et bien souvent entre votre structure et la DGTTC sur des conflits de compétences. Aujourd’hui ces remous semblent bien révolus. Comment expliquez-vous cette situation ?
Issouf Traoré : Je voudrais de prime à bord remercier le journal Le Patriote pour l’intérêt qu’il porte à notre entreprise en nous offrant l’opportunité de nous exprimer dans ses colonnes dont la notoriété n’est plus à démontrer. Pour répondre à votre question, je dirai que c’est tant mieux que les remous se soient tus autour et au sein de la Sonatt. C’est la preuve que la sérénité et la confiance sont désormais de mise dans cette société. Par le passé, il y a eu, effectivement, des chevauchements dans la mise en œuvre des attributions, entre la Sonatt et la Direction générale des transports terrestres et la circulation (DGTTC). Heureusement, depuis la nomination du ministre des transports, monsieur Gaoussou Touré, à qui je rends ici un vibrant hommage, les choses sont rentrées dans l’ordre. La Sonatt qui est l’entreprise créée par l’Etat de Côte d’Ivoire pour produire et sécuriser tous les titres de transport sur l’ensemble du territoire national, joue sa partition tandis que la Dgttc, administration des transports s’occupent de tout ce qui est régalien, notamment le contrôle, et la réglementation du secteur des transports routiers. Et là-dessus le ministre Gaoussou est ferme sur ses instructions. Du coup, il y a plus de raison que persistent les différends dont vous parler.
LP : D’aucuns caricaturaient pourtant cette guéguerre au fait que la Sonatt, brasse beaucoup d’argent. Qu’en dites-vous?
IT : C’est une simple vue de l’esprit mais qui semble malheureusement répandue dans l’opinion publique nationale. En réalité la Sonatt est une société d’Etat, crée par le gouvernement ivoirien à la suite du cafouillage constaté dans le secteur des transports, notamment au niveau de la production des titres. Nous sommes donc investis d’une mission de service public et notre rôle n’est pas d’engranger de l’argent sur le dos des usagers. Nous nous limitons donc sous le contrôle et les instructions de l’Etat de Côte d’Ivoire à percevoir des redevances sur nos prestations pour couvrir nos charges de fonctionnement et d’investissement nécessaire aux objectifs à nous assignés.
LP : Parlant d’objectif, quelles sont exactement les missions de la structure que vous dirigez.
IT : La Sonatt a été créée par le décret N° 2001- 377 du 27 juin 2001. Elle est née de la reforme institutionnelle du secteur des transports initiée en 1998. Elle est placée sous la tutelle technique du ministère des transports et a effectivement démarré ses activités en septembre 2004. Sa mission principale se résume à la production et la sécurisation des titres de transport sur l’ensemble du territoire national. Ainsi, conformément à son décret de création , elle est chargée de l’instruction et de l’édition des titres suivants : la carte grise en régime national et international, le permis de conduire international, la carte de transport public de marchandises ou de personnes, la carte de transport public non urbain de marchandises ou de personnes en régime national, la carte de transport privée de marchandises ou de personnes, la carte de transport de voyage ou de marchandises inter-Etat, et la carte de transporteur. Elle est aussi chargée de la maîtrise d’œuvre de la visite technique automobile (concédé à la Sicta), du contrôle d’identification des véhicule importés d’occasion CIVO (Concédé à la Sicta), de la fabrication des plaque d’immatriculation (concédé à la société 2GE), du permis de conduire national (Concédé à trois entreprises, Starten, pour le pré-enregistrement et la gestion des fiches d’examen, Biomédical pour la visite médicale et le groupage sanguin, et interflex pour l’édition). Enfin, la Sonatt fournit également des prestations d’expertises à savoir la réception à titre isolé des véhicules d’occasion faisant l’objet de modification, le suivi des études techniques et économiques visant l’amélioration du fonctionnement du marché des transports terrestres.
LP : L’une des menaces de ces mission, c’est bien la fraude sur les titres de transport qui a pris de l’ampleur ces dernières années en Côte d’Ivoire. Qu’est ce qui peut bien motiver ce phénomène ?
IT : Il convient de préciser que la fraude est un phénomène qui touche tous les secteurs d’activité. Et qui est également un phénomène mondial. C’est pour cela que vous constatez que dans, pratiquement, tous les pays du monde entier, même les pays les plus développés, l’on s’attèle au quotidien à contrer ce fléau auquel la Côte d’Ivoire n’échappe pas malheureusement. Nos titres de transports sont effectivement exposés à la fraude qui part de la contrefaçon à l’obtention de vrais titres avec de vrais faux documents.
LP : Ce phénomène induit un préjudice pour les caisses de l’Etat. La SONATT a-t-elle une estimation de ces pertes ?
IT : Ce que vous devrez savoir c’est que ce sont des milliards qui vont dans les poches des faussaires au détriment des caisses de l’Etat et des usagers qui se retrouvent injustement dépouillés de leurs biens par des individus sans foi ni loi. Nous avons toujours mené une lutte sans merci contre les faussaires. Et pour cet exercice 2013, cette lutte sera accentuée de façon drastique.
LP : De quelle manière comptez-vous riposter en 2013?
IT : Il faut savoir que nous mettons en œuvre les reformes du Ministre des Transport M. Gaoussou Touré qui fait de la modernisation et la professionnalisation du secteur son cheval de bataille. Ainsi, dès ce début d’année 2013, nous avons entrepris de moderniser notre outil de production, avec l’acquisition d’un système de sécurisation de pointe. Avec le concours d’un partenaire extérieur de renommée mondiale en la matière, nous avons commencé à produire des titres de transport hautement sécurisés. La carte de transporteur, est le premier document sécurisé avec cette technologie de dernière génération Elle est infalsifiable et contrôlable en tout lieu. Dès ce mois de mars la carte grise sera également sécurisée avec le même système. Suivrons ensuite les autres titres de transport.
LP : Y compris le permis de conduire ?
IT : Oui, y compris le permis de conduire.
LP : Pourtant vous venez d’indiquer dans l’énumération de vos missions que la réalisation de ce titre est concédée aux trois sociétés ci-haut citées. Comment allez-vous procéder ?
IT : Effectivement, l’Etat de Côte d’Ivoire depuis 2007 a concédé le permis de conduire national à trois entreprises différentes.Le contrat de concession de ces entreprises est arrivé à expiration. Et le constat est que les différents cahiers de charge n’ont pas été respectés. Les 2 /3 des sites du permis de conduire initialement prévu à la charge des concessionnaires non pas été réalisés. Les délais de délivrances sont excessivement longs, la fiabilité du document n’est pas garantie, la qualité du service est approximative et les griefs des usagers sont quotidiens. Il appartient donc à l’Etat de Côte d’Ivoire d’en tirer les conséquences en ce qui nous concerne nous sommes prêts à prendre nos responsabilités pour garantir au demandeur du permis de conduire une meilleure qualité du service et des délais de délivrance n’excédant pas 72 heures. Comme le préconise le ministre des transports Gaoussou Touré dans le cadre de la modernisation du secteur du transport en Côte d’ Ivoire.
LP : Vous l’avez dit tantôt, des vrais documents sont souvent obtenus sur la base du faux. Les nouvelles mesures filtrent-elles les pièces justificatives?
IT : Nous avons pensé à cet aspect. C’est pour cette raison que par anticipation, nous réclamons désormais les originaux des pièces à fournir pour les dossiers des différents titres de transport. Nous savons par exemple que des faussaires prend le malin plaisir de s’approprier des véhicules qui ne leur appartiennent pas en constituant de vrais faux dossiers pour faire des mutations de carte grise à leur nom. Désormais nous exigeons donc qu’en plus des photocopies le requérant se présente avec les originaux des pièces à fournir pour l’établissement des titres sollicités. Je voudrais ajouter que nous avons prévu la possibilité pour les usagers de faire une opposition à mutation de leur carte grise auprès des services de la Sonatt qui se chargent de verrouiller tout le système de mutation de leur véhicule. C’est une mesure complémentaire de sécurisation des biens des populations. C’est vous dire que notre volonté de traquer les faussaires est réelle.
LP : C’est bien d’avoir des outils de pointe, mais l’on sait souvent que l’homme est le maillon corruptible du système. Quelle assurance pouvez-vous donner dans ce sens ?
IT : Votre question est pertinente mais je voudrais vous rassurer et avec vous l’ensemble des usagers que notre nouvel outil de production garantit une traçabilité de toutes les opérations qui s’opèrent sur la chaîne de production de nos titres de transport. De sorte qu’à tous les niveaux nous sommes à mesure de situer les responsabilités. Nos agents sont sensibilisés dans ce sens. Et je vous assure que tout agent impliqué dans un cas de fraude sera immédiatement remercié et poursuivi devant les juridictions compétentes.
LP : Il y a aussi la faiblesse voire l’absence de sanctions pénales qui participe à l’amplification de la fraude. Vous y avez songé ?
IT : En Côte d’voire, il existe un code pénal qui réprime toutes les infractions et la fraude en est une. Il y a donc une législation en vigueur et je fais donc confiance en notre justice appuyée par nos servis de police pour l’application de cette législation. Je voudrais vous signaler que nous avons déjà commencé depuis le début de l’année et dans le cadre de la lutte contre la fraude sur les titres de transport, le contrôle routier en collaboration avec la direction générale de la police nationale. C’est dire que tout le système judiciaire est en branle pour annihiler ce phénomène qui crée un énorme préjudice à l’économie ivoirienne.
LP : La modernisation des titres entrainera t- elle un renchérissement des prix auquel les usagers devraient s’attendre?
IT : Comme je vous le disais tantôt la Sonatt est investie d’une mission de service public. Son rôle n’est donc pas de faire du profit mais plutôt de satisfaire au mieux les usagers du service public. L’Etat de Côte d’Ivoire mettra donc tout en œuvre pour ne pas mettre à mal les finances des populations. Les usagers doivent restés sereins parce que nous existons par eux et nous travaillons pour eux.
Entretien réalisé par Alexandre Lebel Ilboudo
Décimée par une épidémie de peste, la production locale de porc en Côte d’Ivoire a connu une véritable crise en 1997. Mais depuis, la filière a repris son essor au grand bonheur des producteurs, des vendeurs mais surtout des consommateurs. Enquête.
1997. Une année noire pour la filière porcine en Côte d’ivoire. Une épidémie de peste qui s’est déclarée cette année-là, avait contraint les autorités à ordonner l’abattage systématique des milliers de porcs sur tout le territoire national. Un coup dur pour un secteur qui, en 1990, avait commencé à bénéficier du soutien du gouvernement et enclencher son développement. «Les autorités avaient compris que ce secteur, associé à la volaille, pouvait assurer une autosuffisance de la population en matière de protéine animale», précise T. Kouassi , vétérinaire de profession. Selon les données que nous avons pu glaner à la direction des ressources animales, direction des productions d’élevage, le cheptel national ivoirien en 1997 était de 271.000 porcins. Malheureusement, cette peste s’est invitée à un moment où l’on s’y attendait le moins, causant des pertes énormes aux producteurs et en envoyant au chômage des milliers de vendeuses qui en avaient fait leur principale activité. C’est que dans le cadre d’une politique d’appui à ce secteur, les autorités ivoiriennes, en partenariat avec la Grande Bretagne avaient dans les années 90, financé la construction de sites de ventes de la viande du porc dans presque toutes les communes d’Abidjan. Un apport qui a fait la prospérité de cette filière qui a constitué en un laps de temps, un secteur pourvoyeur d’emplois. Jean Baptiste Nacoulma, était l’un de ses producteurs que la peste porcine a ruinée. Il avait à lui seul une centaine de têtes dans une ferme du côté de Vridi quand la peste s’est déclarée. «Je n’ai même pas pu sauver un seul porc», raconte t-il avec une pointe de tristesse. «Ça n’a pas été facile parce que le porc, c’était ma vie. Et voir toutes les bêtes de ma ferme être abattues sans aucune mesure compensatoire, j’étais au bord de la dépression», concède-t-il.
Porcs aux fours,
porcs braisés…
La soixantaine révolue aujourd’hui, l’homme avoue n’avoir pas su se reconvertir après ces pertes. Il n’était qu’une victime parmi tant d’autres à qui le gouvernement d’alors n’avait pas accordé la moindre indemnité.
A Gabriel gare dans la commune de Yopougon, les pionnières du réseau de la viande du porc n’oublient pas non plus cette parenthèse de leur parcours professionnel. Elles qui étaient pour la plupart propriétaires de fermes avec un cheptel important qui alimentait le marché de Gabriel gare et bien d’autres sites de vente de la viande de porc, dans le district d’Abidjan. «Ça marchait très bien avant que la peste n’arrive», se souviennent-elles. C’est que la filière porcine, contrairement aux autres viandes, a une clientèle régulière. Un marché populaire. Les consommateurs friands de cette viande sont très nombreux. A Gabriel gare, au niveau de ce site vieux de 23 ans (Inauguré le 5 juillet 1990), ce ne sont pas les mêmes vendeuses de 90 qu’on retrouve aujourd’hui. Mais, le relais des pionnières qui tiennent aujourd’hui ce lieu. Sur le site, nous avons rencontré, la vice-présidente de la coopérative des charcutiers et vendeuses de viande du porc de Côte d’Ivoire, Mme Faya Antoinette. Celle-ci nous raconte comment, après la peste porcine, elle et ses camarades se sont battues pour tenir leurs activités, sans aucune subvention et sans l’aide de personne. «Nous étions obligées d’aller chercher les porcs au Burkina et au Mali. Puisqu’on en trouvait presque plus. Ni au nord ni à l’ouest, ni à Abidjan», raconte t- elle. Et de faire remarquer, le cœur un peu serré: «Nous constatons aujourd’hui qu’on subventionne les femmes qui vendent les aubergines et du piment dans les marchés. Et on n’oublie que sans la viande on ne peut pas faire une bonne sauce».
Selon elle, après la peste porcine, la filière a de nouveau été éprouvée pendant la longue crise ivoirienne. «Les différentes crises que le pays a traversées nous ont pénalisés. Il y a eu la peste porcine mais sous la crise post-électorale, nous avons perdu les bêtes que nous avons abattues et qui étaient en chambres froides à la zone industrielle. Parce que des gens sont allez ouvrir les chambres froides et la viande s’est gâtée. Ça été des pertes énormes pour nous», déplore t- elle. Mais en dépit de ces difficultés, Gabriel gare reste la plaque tournante de la vente de la viande du porc à Abidjan. C’est que les 21 grossistes de ce marché, armées de courage, parce que la plupart d’entre elles sont des mères célibataires, continuent d’animer quotidiennement le réseau de vente. Selon Mme Faya, ce sont entre 1000 et 1200 porcs qu’elles font abattre par semaine à la zone industrielle de Yopougon, sous contrôle vétérinaire. «Nous avons des clients qui viennent de partout acheter la viande pour aller la revendre», explique t- elle. Seulement, les effets conjugués de la crise et la faible production locale du porc, estimé à 6.129 Tonnes équivalent carcasse (TEC), selon le Centre National de Recherche Agronomique (CNRA), ont provoqué un renchérissement du prix du kilogramme qui coûte désormais 1400 FCFA. Il faut rappeler qu’initialement fixé à 900 FCFA, le prix du kilogramme est passé progressivement à 1000, 1300 pour se stabiliser aujourd’hui à 1400 FCFA. «La semaine dernière, j’ai vendu un porc à 361.000 FCFA, il pesait 278 kg. C’est pour vous dire que ce commerce nourrit son homme. Mais nous avons beaucoup de problèmes », reconnaît Mme Faya. Ces problèmes sont entre autres, la cherté des bêtes, le coût du transport, des fermes vers le lieu d’abattage et de vente, etc. Faut-il le préciser, quatre régions de la Côte d’ Ivoire, à savoir, les Savanes, les Montagnes, le Moyen Cavally et les Lagunes, représentent 40% de l’effectif total des porcs en Côte d’Ivoire. A l’association des producteurs de porc en Côte d’Ivoire, ce sont plus de 800 éleveurs qui sont inscrits.
…Un marché populaire
Pour autant, le réseau de vente de la viande de porc est aussi vaste qu’on peut l’imaginer. Dans la seule commune d’Abobo, ce sont environs 300 femmes qui vivent de cette activité. Que ce soit au grand marché d’Abobo, en face du dépôt de la Sotra après Avocatier où encore sur le site le plus populaire de Samanké qui a été malheureusement déguerpi lors de l’opération d’assainissement de la commune, la viande de porc s’impose sur le marché. Si à Gabriel Gare, à Yopougon, on vend beaucoup plus des quartiers de viandes entiers et des pattes au Kilogramme, à Koumassi, au niveau du carrefour Kahira ou encore dans bien de maquis «plein air» d’Abidjan, ce sont les abats et les tripes bouillis et bien assaisonnés qui retiennent la clientèle. A ces endroits, il faut l’avouer, les morceaux alléchants font saliver plus d’un. C’est que la commercialisation de la viande repose sur un marché populaire.
Mme T. Madeleine qui tient un petit commerce de porc au marché de nuit de Port-Bouët reconnaît en cette viande, de grandes qualités. «C’est une viande facile à cuir, facile à digérer et qui s’accompagne bien … », déclare-t- elle. Sur ce fait, un tenancier de maquis dans les environs du quartier Abattoir de la cité balnéaire, soutient que la viande du porc est «dessaoulant» pour les buveurs. Seulement, en dépit de la santé apparente de la filière, les produits porcins qui ne couvrent que 16% de la consommation manquent d’une réelle politique de promotion. Manque de financement, pas d’appui à l’élevage, déficit d’aliments, aucune aide à la commercialisation sur les marchés terminaux. La Côte d’Ivoire a du pain sur la planche pour le redécollage de cette filière. Qui reste fortement pénalisée par les importations massives de viande congelée. «On espère qu’un jour, l’Etat se souviendra de nous, de notre secteur», plaide Mme Faya Antoinette, en guise de conclusion.
Alexandre Lebel Ilboudo (Photos. ALI)
Les albinos de Côte d’Ivoire à l’instar de leurs camarades d’ailleurs sont confrontés à d’énormes difficultés qu’ils vivent dans le silence de la société. Alain Coulibaly évoque dans cet entretien quelques-unes de ces péripéties et interpelle les autorités sur leur situation. Entretien.
Le Patriote : Qu’est ce qui a motivé la création de l’association nationale des albinos de Côte d’Ivoire ?
Alain Lamkan Coulibaly : L’initiative de nous constituer en association est partie de l’assassinat d’un albinos dans les environs des Vallons aux deux plateaux en 2008. J’étais à Katiola à l’époque quand cette situation s’est produite à Abidjan. Nous nous sommes sentis alors menacés après cet assassinat et nous avons décidé en mars 2009 de nous constituer en association pour défendre les droits des albinos. Nous veillons donc à la protection, à la promotion et à l’épanouissement des albinos.
LP : Quel était le mobile de l’assassinat de votre camarade en 2008?
ALC: Sur le mobile, il faut avouer que ce sont les journaux qui nous ont le plus édifiés. A priori, notre collègue n’avait pas été victime d’un sacrifice humain qui est une réelle menace pour nous. Il a plutôt été pris pour un dément, un malade mental et agressé comme tel.
LP : Vous avez évoqué les termes « sacrifices humains », y a-t-il eu des cas de ce genre en Côte d’Ivoire ?
ALC :A ce jour nous ne pouvons pas l’affirmer. Cependant nous assistons beaucoup plus à des tentatives d’enlèvements qui visent des sacrifices humains. Après l’assassinat en 2008 de notre camarade, nous avons assisté à une autre tentative d’assassinat d’un de nos membres récemment à Toumodi. Ce dossier a été beaucoup médiatisé. Une dame a tenté d’enlever un de nos membres. La justice a été saisie, et elle a été condamnée à cinq ans de prison mais a fait appel de la décision. Le phénomène de tentative d’enlèvement des Albinos est une réalité en Côte d’Ivoire, ça ne se passe pas qu’ailleurs. En septembre dernier, il y a eu une énième tentative d’enlèvement d’un bébé albinos de trois ans dans la région de Man.
LP : Combien de membres revendique votre association aujourd’hui?
ALC:A ce jour, je ne peux pas vous dire le nombre exact d’albinos en Côte d’Ivoire mais notre association, spécifiquement, enregistre aujourd’hui plus d’une centaine de membres actifs des femmes et des hommes. La majorité de nos membres vivent à Abidjan et dans les banlieues. Nous comptons installer à l’intérieur du pays des sections de notre association pour mieux nous faire entendre.
LP : Comment vous sentez vous dans la société au contact des autres ?
ALC :En Côte d’Ivoire nous vivons une situation très difficile. Il y a des gens qui crachent dès qu’ils voient passer un albinos. D’autres nous considèrent comme des hommes à part. Quand vous êtes dans les lieux publics vous êtes l’objet de curiosité et lorsque vous vous asseyez quelque part, vous n’aurez pas un voisin qui s’asseye à côté de vous. Parce qu’on pense qu’en étant en contact avec un albinos on pourrait devenir comme lui. Ce sont des appréhensions normales mais nous pensons qu’il faut encore beaucoup de sensibilisation sur ces questions. On peut améliorer la perception des gens.
LP : Est-ce qu’on peut affirmer que les albinos sont acceptés en Côte d’Ivoire ?
ALC:Je dirais tout de suite que oui, parce qu’en côte d’Ivoire, nous sommes acceptés. Ce n’est pas le regard de quelques uns qui nous ferait penser le contraire. Il n’ya pas de règle sans exception.
LP : Et qu’en est-il sur le plan professionnel ?
ALC :C’est là notre véritable problème. Sur le plan professionnel nous déplorons une discrimination. A cause de notre peau et d’autres handicaps comme la mauvaise vision, certaines entreprises refusent de nous recruter. Même quand nous avons les diplômes et les compétences requises. Cela crée, malheureusement en nous, un complexe d’infériorité. Un sentiment d’autant plus fort que les gens nous regardent avec pitié. On nous juge donc sans nous laisser souvent faire la prouve de ce dont nous sommes capables. Nous avons pourtant des aptitudes à même de produire des rendements à la hauteur des attentes. Mais comment le prouver si à la vue de la couleur de notre peau, nous sommes recalés. Nous avons un problème d’insertion professionnelle et nous profitons de l’aubaine que vous nous donner pour interpeller les autorités sur cet état de fait que nous vivons dans la société.
LP : Quelles sont les vraies difficultés liées à l’albinisme au plan sanitaire?
ALC :Au plan sanitaire nous avons d’énormes problèmes au niveau de la dermatologie. Les problèmes de peau sont propres à l’albinos et nous en souffrons, il faut l’avouer. Nous sommes très allergiques au soleil. Mais pour nous qui vivons en ville, c’est encore mieux. Nos frères qui vivent à l’intérieur et qui pratiquent les travaux champêtres, quand vous les voyez, vous vous demanderez si nous sommes conçus de la même façon. Nous avons l’un des nôtres qui a un véritable problème de peau pour lequel d’ailleurs nous lançons un appel à l’aide. Mais au-delà de la peau, nous avons aussi des problèmes de vision. Ce handicap participe pour beaucoup à nos difficultés d’insertion. Mais ce n’est pas notre faute. Nous n’avons pas de moyens pour nous assister nous-mêmes. Au Burkina où j’ai été, les albinos ont un dermatologue, et un ophtalmologue et ont des consultations tous les jeudis après midi. J’ai trouvé cela très intéressant. Nous souhaitons mettre ce même système ici en Côte d’Ivoire. Mais sans l’aide des autorités nous n’y parviendrons pas parce que nous n’avons pas les moyens.
LP : Avez-vous entrepris des démarches auprès des autorités dans ce sens?
ALC :Bien sûr. D’ailleurs, à la suite d’une conférence que nous avons initiée sur l’albinisme et ses difficultés, nous avons écris au ministère de la santé qui nous avait fait venir un spécialiste en dermatologie et un ophtalmologue. Le dermatologue avait conclu, ce jour-là, que notre pire ennemi était le soleil. Il a parlé de la fragilité de la peau des albinos et nous a suggéré des consultations régulières en dermatologie et en ophtalmologie. Mais comment le faire sans moyen, c’est-là que réside notre souffrance.
LP : On note aussi un fort taux d’analphabétisme chez les albinos ?
ALC:En effet, sur cent albinos, il y a seulement 25 qui franchissent la classe de 3é. L’analphabétisme est criant en notre sein. Mais cela s’explique par nos problèmes de vision qui sont un frein à la poursuite des études. Nous plaidons pour des écoles aux normes des albinos. Nous plaidons aussi pour la conception d’appareils qui tiennent comptent de nos problèmes visuels. On peut par exemple concevoir des écrans d’ordinateur plus adaptés à nos lacunes visuelles.
LP : Avec quels moyens menez-vous alors vos activités?
ALC :Avant de répondre à votre question, je voudrais préciser que nous levons des cotisations de 500 FCFA par membre par mois. Mais, je dois vous avouer sans honte, les cotisations ne rentrent pas. A supposer même que les cotisations rentrent, avec une centaine de membres que peut-on recueillir face aux besoins que je viens d’exprimer. C’est infime pour réaliser un projet. Je suis souvent sollicité par des membres en difficulté qui exposent leur problème de santé sans qu’on ne puisse les secourir parce nous ne disposons de rien. Nous demandons au gouvernement de penser à nous subventionner.
LP : Vous avez quand même des projets pour vos membres?
ALC:Oui nous avons plusieurs projets. Notre association à monter un projet de création d’une ferme. Si nous avons un partenaire qui accepte de financer ce projet, nous pourrions disposer à terme de ressource pour faire face à nos problèmes. Nous avons soumis ce projet au ministère des ressources animales et halieutique, et au district d’Abidjan. Mais malheureusement, nous n’avons pas eu de suite. Nous souhaitons, pouvoir également disposer d’un site où l’on peut nous retrouver. Nous pensons à une structure d’accueil. Nous avons monté un projet également dans ce sens et nous avons sollicité une fondation de téléphonie mobile qui a approuvé le projet. Mais, il nous faut avant une parcelle que nous n’avons pas encore trouvée. Nous pensons que l’Etat peut au moins nous trouver un site. Il faut que nous ayons absolument ce site.
LP : Un appel aux autorités ?
ALC :Pour l’instant nous ne mendions pas comme c’est le cas ailleurs. Nous attendons beaucoup des autorités mais, il n’y a pas que le gouvernement, nous pensons que des organisations internationales et des entreprises citoyennes peuvent nous apporter leur aide. Nous sommes d’ailleurs invités en mars prochain à un séminaire des Albinos de France, mais n’avons pas les moyens de nous s’y rendre. Nous pensons aussi à la première dame qui a un grand cœur et qui fait beaucoup pour les enfants et les déshérités de Côte d’Ivoire. Nous espérons son aide pour assurer aux Albinos un minimum de dignité dans la société.
Propos recueillis par Alexandre Lebel Ilboudo
Légende : Les albinos de Côte d’Ivoire attendent beaucoup des bonnes volontés pour leur épanouissement. (Photo ALI)
Les premiers impacts de la reformes de la filière café cacao commencent à se faire sentir dans le monde paysan. Deux mois seulement après l’ouverture de la campagne, les planteurs notent des changements qualitatifs. Nous sommes allés à leur rencontre du Haut Sassandra, aux dix huit montagnes, en passant par le Guemon. Et la surprise vient du worodougou et du Bafing qui deviennent des zones productrices. Reportage.
Samedi 1er décembre 2012. Bakandesso, première ville de la région du Bafing, située à seulement 16 km de Biankouma. M. Koné Mamadou, administrateur au Conseil Café Cacao, accompagné du Directeur régional du Café Cacao, M. Zoro Bi y découvrent avec stupéfaction de jeunes plantations de cacao. Ils ne peuvent pas cachent leur joie devant une réalité qu’ils n’imaginaient pas jusque-là. Et pourtant, il fallait se rendre à l’évidence : la région du Bafing est devenue une zone productrice de café et du cacao. Et les jeunes plantations ainsi que plusieurs pépinières de cacao sont-là, soigneusement entretenues, pour l’attester. Après dix kilomètres de route sur une piste villageoise qui se laisse difficilement parcourir, les deux responsables du Conseil Café Cacao se retrouvent dans la vaste plantation de Mamadou. « Ma plantation à trois années d’âge. Les débuts n’étaient pas faciles parce que les gens me disaient que ça n’allait jamais donner et que je perdais mon temps. Mais voilà le résultat », lance tout heureux le planteur. Fier de sa persévérance mais également fier d’avoir eu cette rare chance de voir son champ perdu au fond de la brousse être visité par des responsables du Conseil Café Cacao.
Mais au-delà de cette plantation-témoin, c’est toute la perception culturale d’une région qui est en train de changer. Car dans les villages de Tiémonisso, de Sogbêni et de Gbogbosso où les terres se sont révélées tolérables à la cacaoculture, les paysans s’adonnent à fond. Mais les conditions d’une intensification de la production ne sont pas toutes encore réunies. D’où la plaidoirie de Koné Vasséko, producteur de son état. « Ici nous avons trois grands problèmes à savoir les semences, le manque de phytosanitaires pour les traitements des champs et un déficit d’agents du CNRA pour le suivi », a-t-il énuméré. Si ces obstacles étaient levés, selon lui, la région connaîtra une très grande productivité dans les années à venir. Des doléances bien accueillies par l’administrateur Koné Mamadou dont la présence dans cette région se justifiait par le souci de recueillir les préoccupations des planteurs et de constater l’effectivité des nouvelles mesures de la reforme de la filière. «Avant de venir ici, je suis passé dans le worodougou où tout comme ici j’ai découvert une nouvelle région productrice de cacao. Ce sont des signes encourageants pour la filière. Vous pouvez donc compter sur le Conseil pour mettre rapidement en place une politique d’encadrement et d’accompagnement de la production dans ces régions », a-t-il promis.
Une réforme unanimement saluée
Si dans le worodougou et dans le Bafing, les planteurs sont confrontés aux problèmes inhérents aux débutants dans la filière, ailleurs les problèmes sont tout autres. En effet, à daloa, à Issia, à Danané et à Zouan-Houin, pour ne citer que ces villes majeures, sillonnées, les planteurs sont à l’épreuve de la reforme. Une chose sur laquelle le monde paysan est unanime : «c’est le respect du prix minimum garanti bord champ à 725 CFA par le gouvernement.» Les témoignages recueillis à ce sujet font état du respect de ce prix par les acheteurs et les coopératives. « C’est la première fois qu’un prix fixé est respecté pendant la campagne », s’étonne Gonhi Sylvain, planteur à Zouan-Houin, qui soutient qu’avec le respect de ces prix, il n’y a plus de raison que le cacao ivoirien passe de l’autre côté de la frontière, en Guinée. C’est que par le passé, il semblait plus profitable aux planteurs de la région d’écouler leurs stocks de fève brune vers ce pays voisin que de les acheminer vers les ports de San Pédro ou à Abidjan. Mais le risque d’évasion du cacao n’est pas définitivement écarté à en croire le commandant de brigade de Danané. «Aujourd’hui avec la présence des agents de café cacao qui sillonnent les campagnes et nos éléments qui veillent au grain, la fuite du cacao a cessé. Mais les routes constituent un autre souci parce qu’elles ne permettent pas toujours l’acheminement des produits. Ces produits-là peuvent se retrouver malheureusement ailleurs», a expliqué l’adjudant Koné Tinna. Ce dernier plaide pour une réhabilitation ou une ouverture de nouvelles routes. Quant à la qualité des fèves brunes, on note que l’accent est désormais mis sur le trie et le séchage du cacao. Sawado Ousmane, responsable d’une coopérative à Danané, l’aura appris à ses dépens, en voyant ses deux camions remorques refoulés à Abidjan pour la mauvaise qualité de son stock. «Je comprends que les choses ont vraiment changé aujourd’hui et grâce aux agents du café cacao qui nous conseillent la qualité s’améliore», reconnait-il. C’est qu’en plus de négliger le trie et le bon séchage, Sawadogo utilisait jusque-là encore des sacs à nylon pour stocker ses produits. Ce qui est interdit, selon Koné Mamadou. « Le Conseil a produit des quantités et des quantités de sacs qui sont gratuitement mis à la disposition des coopératives par le truchement des exportateurs. Ce n’est pas normal que le cacao soit dans une autre sacherie», a-t-il conseillé. Quant au mauvais état des routes, Koné Mamadou a annoncé que le Conseil déploiera bientôt un programme dans ce sens.
Mais un peu partout, les coopératives déplorent l’absence de financement. Et ce qui frappe, c’est que beaucoup d’entre elles ont mis la clé sous le paillasson. Faute de documents justificatifs de leurs activités. Sur la question, M. Koné Mamadou a rappelé que le but de la reforme était aussi d’assainir la filière. « On ne peut pas continuer à financer des coopératives qui ne travaillent pas. Il n’y a plus d’argent cadeau dans la filière. Il faut s’y faire. Seules les meilleures seront bientôt soutenues », a-t-il martelé.
Si dans l’ensemble les planteurs apprécient la reforme de la filière, leurs soucis demeurent le mauvais état des routes, les difficultés d’acheminement des produits, et le manque de financement pour les coopératives. Des préoccupations qui sont donc soumises au Conseil Café Cacao et au gouvernement.
Alexandre Lebel Ilboudo
Envoyé Spécial
Publié le jeudi 13 décembre
La fin d’année 2012 s’annonce sombre pour une partie des habitants de Pk18 résidentiel. Une opération de démolition de grande envergure, menée par M. Joseph Aka Anghui qui revendique la propriété du site, a jeté à la rue, des centaines familles.
Trois bulldozers ont entrepris, toute la matinée d’hier, sous forte escorte militaire et de la gendarmerie, la démolition de plusieurs maisons habitées par des centaines de familles dans le quartier PK18 résidentiel, en face de la cité concorde de la Sicogi. L’épreuve était difficile à supporter pour les habitants. Sous les ronronnements des engins destructeurs, les enfants, les femmes, les hommes et les vieilles personnes tentaient, bravement, parfois contre la brutalité des forces de sécurité, de sauver ce qui pouvait l’être. A quelques mètres du champ des machines, Mme Falikou et ses enfants, sécurisent quelques bagages qu’ils ont pu sortir avant que leur maison ne soit réduite en gravats. Mais la benjamine, à peine 4 ans, tient à serrer contre sa poitrine, une poupée encore emballée. Elle n’aura pas droit à la surprise de noël, puisqu’elle découvre dans les affaires entassées, ce que ses parents lui réservaient pour la fête. Plus loin, ce sont des hommes et des femmes, bagages sur la tête qui tentent de fuir la zone rouge avant l’arrivée des bulldozers. Tout autour, jonchent des débris de parpaings et de tôles froissées. Même l’église Afra n’a pas été épargnée.
Ailleurs, des femmes âgées, se sentant impuissantes et humiliées par le sort qui s’abat sur elles, cèdent aux larmes. La scène est saisissante, l’émotion très vive. Elles ne comprennent pas cette démolition qu’elles assimilent à du gâchis. Le président des résidents de ce site, M. Bakayoko Seydou ne s’explique pas lui-aussi cette destruction. «Nous n’avons reçu aucune notification, ni de mise en demeure à ce sujet. Les machines sont d’abord arrivées samedi dernier et ont démoli une partie des maisons. Grâce aux interventions des élus de la commune, les bulldozers sont repartis. Ce matin (hier, ndlr) grande est notre surprise de constater qu’ils sont de retour pour poursuivre la destruction de nos maisons et nos biens», dénonce t-il, la voix nouée par la douleur. Toutes les familles interrogées ont soutenu n’avoir pas été averties de cette mesure de démolition. D’où la colère qui a causé quelques heurts avec les forces de l’ordre sur le terrain.
Interrogé sur les raisons de l’opération, Me Kéita Yacouba, huissier de justice, nous a indiqué avoir requis la force publique aux fins de l’exécution d’une décision de justice. « Le site appartient à M. Joseph Aka Anghui en vertu de certains titres fonciers. Il a donc vendu une partie à la Sotra, et une autre à Filtisac. Et le village Anonkouakouté, au mépris de ses droits, a vendu quelques parcelles à des particuliers. Dans cette affaire, l’ancien chef de village, son président du comité de gestion et le géomètre, avaient été condamnés et ont même fait la prison. Une décision de justice a donc été rendue en vue du déguerpissement. C’est ce que nous sommes en train d’exécuter », a expliqué Me Kéita. Tout en précisant que l’opération de démolition, ne concerne pas l’ensemble du site qui abrite quelques 1800 habitations, mais une centaine de maisons. « Les parties que nous démolissons ont été vendues par M. Aka Anghui à des institutions qui attendent de rentrer en possession de leur parcelle. Or, il se trouve que des squatters les occupent, illégalement », a-t-il précisé.
La mairie d’Abobo scandalisée
Pourtant, cette opération de démolition massive, bien que découlant d’une décision de justice, frustre la mairie d’Abobo. Et pour cause, à en croire le directeur du service technique, M. Coulibaly Valy que nous avons rencontré, cette sentence n’a pas été notifiée. «Mieux, souligne-t-il, le site fait l’objet d’une convention signée entre la mairie et Messieurs Joseph Aka Anghui et son partenaire Brou Gustave qui sont propriétaires du site. Cette convention a permis la mise sur pied d’un comité de restructuration du quartier en question qui devrait aboutir à l’approbation du plan et à l’attribution des parcelles. Nous étions dans cette procédure quand de façon unilatérale, l’autre partie a décidé de démolir les maisons».
Pour M. Coulibaly, le maire Adama Toungara est intervenu une première fois pour stopper les démolitions. «Nous sommes scandalisés par cette situation qui intervient à la veille des fêtes et surtout des élections qui s’annoncent. Pourquoi initier aujourd’hui ces démolitions alors que nous étions en discussion dans le cadre d’une convention. Nous ne savons pas ce que cela cache comme intention. Nous avons engagé une procédure devant la justice», a-t-il expliqué.
Mais en attendant, sur le terrain à PK18, les bulldozers poursuivent leurs actions, créant l’émoi au sein d’une population qui a tant payé pendant la crise post-électorale et qui aspirait à un peu de joie et de bonheur. Surtout en cette fin d’année.
Alexandre Lebel Ilboudo
Publié le 14 décembre 2012
Minée par une crise depuis quelques mois, l’Eglise évangélique du Réveil de Côte d’Ivoire (EERCI), fondée en 1984 par le regretté révérend Jean Glao, a fini par se disloquer. La présidence de l’EERCI est désormais assurée par le Pasteur Kouassi N’Dri Benoît, tandis que le pasteur Kpan René chapeaute l’Eglise évangélique du Réveil internationale (EERI). Une confusion dénominative qui plombe la bonne marche de cette mission. Diagnostic.
Le jeudi 21 juin 2012, à l’issue d’une assemblée générale tenue au temple Jérusalem, siège de l’EERCI à Yopougon Attié, l’Eglise évangélique du Réveil de Côte d’Ivoire (EERCI) change de main. Le révérend Pasteur N’Dri Benoît, précédemment vice-président, est propulsé à la tête de cette église quasi-trentenaire. Le 21 juillet, c’est au tour du révérend Kpan Réné, ex-président de l’EERCI, d’être intronisé en qualité de président de l’Eglise évangélique du Réveil international (EERI). Les lendemains de ces deux évènements qui se sont pourtant déroulés sans le moindre incident, mettent au grand jour une grave crise. C’est le Secrétaire général de l’EERCI, le Pasteur Zamblé Yao Germain qui monte le premier au créneau au cours d’une conférence de presse, courant juillet, pour «démentir» selon lui, des informations que rependrait le Réverend Kpan René, tendant à faire croire à l’opinion que l’EERCI a été remplacée par l’EERI. «Le réverend Pkan René n’est plus le président de l’Eglise de Réveil de Côte d’Ivoire. Il a trahi l’Eglise en s’écartant de la mission à lui confiée initialement et en voulant s’approprier l’EERCI pour la remplacer par l’Eglise évangélique du Réveil International qui est son propre ministère et qui n’a aucune base juridique », a-t-il accusé. Et de préciser que le procès verbal de l’assemblée générale qui a porté le réverend Kouassi N’Dri Benoît à la tête de l’Eglise a été déposé au ministère de l’Intérieur le 28 juin 2012 pour que ces décisions fassent l’objet d’un arrêté ministériel. Le 24 septembre 2012, les anciens de l’Eglise, sortent de leur réserve pour publiquement apporter leur onction au président Kouassi N’Dri Bénoît, nouvellement élu. Dans une conférence de presse qu’ils ont co-animée à yopougon, avec le soutien du fils aîné du fondateur de l’Eglise, Aquilas Glao, ils désavouent eux-aussi l’ex-président Kpan René à qui ils reprochent de les avoir «trahis». «Le pasteur Kpan a décidé de conduire notre Eglise vers une nouvelle doctrine dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas. Ce qu’il appelle la vision apostolique et qui devait consister à reconnaitre les ministères du nouveau testament ne sert en réalité qu’à asseoir son règne de Pape sur l’Eglise. Or cette façon de diriger l’Eglise n’est ni évangélique ni biblique. Nous lui retirons donc notre confiance», ont-ils exposé.
Une affaire de doctrine et de dénomination
A l’analyse de l’exposé des anciens qui ne sont autres que les pasteurs Blé Daniel, ancien président de l’EERCI et Oulaï Douoson Martin, ancien Secrétaire de l’Eglise et premier directeur de l’institut biblique, le pasteur Pkan René veut introduire une nouvelle vision apostolique. Ce qui lui a donc valu d’être débarqué. Mais la réplique ne s’est pas faite attendre du côté des fidèles du révérend Kpan qui traitent les autres de « dissidents». «Le président Kpan a été élu lors de l’Assemblée générale de 2010 et son mandat court jusqu’en 2015. Il n’est ni défaillant, ni démissionnaire pour que le soin de la convocation d’une telle assemblée soit laissé à son vice- président. L’Assemblée générale organisée par N’Dri Benoit et son groupuscule est illégale au regard des textes de l’église», s’est offusqué le pasteur Abel Taud, lors d’une conférence de presse, le 1er novembre dernier. Un mois après ces sorties médiatiques, chaque partie campe toujours sur sa position. Et la scission de l’Eglise se conforte. Dans le camp du promoteur de l’Eglise évangélique du Réveil international, on affirme avoir fait le deuil de l’ancienne dénomination. «Il n’y a pas deux Eglises. Il y a seulement eu un changement de dénomination de l’Eglise qui s’internationalise pour répondre au contexte de son implantation aujourd’hui en Europe et un peu partout dans le monde», a expliqué le pasteur Kpré N’Dri Félix, vice-coordinateur de la nouvelle Eglise. Selon ce dernier que nous avons rencontré, au siège de l’Eglise à la Riviera Bonoumin, le pasteur Kpan est dans la logique du fondateur de l’Eglise qui souhaitait voir répandre l’évangile au-delà des frontières ivoiriennes. “Quant aux accusations de déviation, nous nous inscrivons en faux. Le pasteur Kpan n’a jamais remis en cause la doctrine de l’Eglise. Les modifications apportées dans les nouveaux statuts l’ont été avec l’accord de ceux qui le dénoncent aujourd’hui », a-t-il fait remarquer. Et d’ironiser : «La crise que nous traversons est une crise de croissance. Et je pense sincèrement que si ce sont les textes qui achoppent, ce sont des problèmes qui peuvent être résolus». Des fidèles que nous avons interrogés, révèlent que le vrai nœud de la scission est dû à un problème de leadership. Selon ces indiscrétions, le pasteur Kouassi N’Dri Benoît aurait souhaité, à l’avènement de l’EERI, devenir le coordonnateur national de l’Eglise tandis que le révérend Kpan, lui, occuperait la présidence internationale. Une indiscrétion confirmée par le pasteur Kpré en ces termes : « En effet, le pasteur N’Dri Benoit a eu une démarche dans ce sens auprès du pasteur Kpan qui lui a dit que c’était au collège pastoral de décider et non lui. C’est à partir de là que la dissidence a commencé. Ils ont alors décidé de tout remettre en cause ». Faux, rétorque le Pasteur Zamblé Yao Germain, qui clame que le fond du problème réside dans les nouveaux textes qui consacrent entre autre une présidence à vie pour le pasteur Kpan. La guerre reste donc ouverte entre les frères religieux d’hier. Seulement, l’EERCI jouit d’une base juridique, avec à la clé, une ordonnance (N°732/2012) du 18 août 2012, du tribunal de première instance de Yopougon qui reconnaît, le pasteur Kouassi N’Dri Benoît comme le nouveau représentant de l’Eglise. Quant à l’EERI, ses nouveaux textes introduits au ministère de l’Intérieur sont en instance de traitement. En attendant l’issue définitive de cette crise, les statuts litigieux replongent tout simplement l’Eglise évangélique du Réveil, qui revendique aujourd’hui plus de cent mille fidèles, dans la tourmente qu’elle a vécue au lendemain du décès de son fondateur, le révérend Jean Glao en 1988. Un témoignage négatif des 600 pasteurs de cette église qui ne participe pas du tout, à l’édification des croyants. Car si la division ne procède pas de Dieu, elle l’est certainement du diable.
Alexandre Lebel Ilboudo
Publié dans le Patriote du 05 décembre 2012
Nous avons échangé avec le Directeur du Centre de Documentation, Recherche et Formation de la Communauté Abel à Grand- Bassam. M. Jean Armand N’Doulou nous explique les missions de cette communauté en faveur des enfants, et de la population en général. Entretien.
Quelles sont les missions de la communauté ABEL?
La Communauté Abel, est une ONG italienne engagée depuis plusieurs années dans le secteur de l’inadaptation juvénile, qui offre des services relatifs à la prise en charge de problématiques liées à la dépendance des substances stupéfiantes, pour personnes vivant avec VIH/SIDA, pour les filles prostituées. Il mène des actions dans les prisons pour mineurs, dans la formation professionnelle et l’intégration dans le monde du travail. L’objectif général de la Communauté Abel est de Donner la Dignité aux Personnes Faibles
De quel type d’enfants vous occupez-vous exactement dans le centre Carrefour ?
Le Carrefour Jeunesse porte une attention particulière aux enfants et aux jeunes qui souffrent de relations conflictuelles avec leur famille ou qui sont susceptibles de déviance. Nous nous occupons ici de la petite enfance. C'est-à-dire qu’on a des parents qui n’ont pas les moyens d’envoyer les enfants à la maternelle. Nous avons ici une salle où ces enfants sont suivis par une éducatrice. Ils y ont droit même à une assistance sanitaire. Il ya aussi les enfants qui vont à l’école, et ceux qui n’y vont pas pour certaines difficultés. Ces enfants font l’alphabétisation ici chez nous. Il y a à côté d’eux ceux qui suivent une formation, la menuisière, la couture, l’élevage et l’agriculture.
Toutes ces formations sont-elles dispensées ici sur place ?
Non. Certaines sont des formations que nous ne donnons pas directement. Nous travaillons en partenariat avec des artisans ressources. Des professionnels qui ont des ateliers et qui sont déjà dans la ville. Nous leur envoyons des jeunes pour y suivre donc la formation en vue de leur insertion socioprofessionnelle et économique. Nous avons également une convention avec le ministère de la justice qui nous envoie des jeunes qui sont en conflit avec la loi. Des jeunes qui commettent des délits mais dont l’âge pose un problème parce que les juges estiment que le milieu carcéral n’est pas adapté pour l’enfant. Ces enfants nous sont envoyés pour un suivi éducatif et une formation professionnelle en vue de les réinsérer dans leur milieu familial et dans la société.
Quel est l’apport des bénéficiaires ?
Tout ce qui est fait ici pour les enfants, de l’animation sociale à la bibliothèque en passant par l’assistance nutritionnelle que nous assurons chaque jour à une centaine d’enfants à la prise en charge sanitaire, tout est gratuit dans ce centre. L’alphabétisation et la formation sont aussi gratuites.
Pour quel personnel d’encadrement ?
Nous disposons d’un personnel de 65 agents, composé d’éducateurs spécialisés envoyés par l’Etat de Côte d’Ivoire, des assistants sociaux, des techniciens et des gardiens.
Pensez-vous que vos efforts d’encadrement ont un impact sur les enfants ?
Nos efforts ont certainement un impact sur l’éducation des enfants. Je vais vous donner un simple témoignage, vous voyez les ouvrages dans la bibliothèque. C’est un don d’une association française qui est passé par le préfet de Grand-Bassam pour nous les offrir. Les responsables de l’association ont demandé au préfet quelle était la structure à Grand-Bassam qui méritait ce don. Et le préfet leur a tout de suite répondu que c’était la communauté ABEL. C’est pour vous dire d’abord comment nous sommes perçus par l’opinion. Nous pensons que la place des enfants n’est pas dans la rue. Il est important de former les enfants qui sortent du système scolaire pour éviter qu’il se retrouve dans la rue.
Combien d’enfants bénéficient de la prise en charge
Il y a deux types de prises en charge ici. On n’a ceux qui viennent pour jouer et profiter des installations que leur offre le site. A savoir la bibliothèque et les aires de jeux. Ceux là sont chiffrés à plusieurs centaines d’enfants par mois. Au niveau de la bibliothèque on a par exemple mille lecteurs par mois. Mais pour la prise en charge direct, nous avons trente enfants.
Quelle est l’importance du jeu dans la vie d’un enfant ?
Nous pensons ici que le jeu n’est pas qu’un simple droit, il est nécessaire pour la construction même de l’enfant. Un enfant en plus d’aller à l’école a besoin de s’amuser. Le jeu est une activité indispensable au développement psychique de l'enfant. Il est nécessaire à son évolution et c'est la meilleure façon de grandir. En jouant l’enfant apprend à se socialiser et pour nous c’est le signe qu’il est épanoui. Plus il joue et plus l'enfant s'entraîne à résoudre des problèmes et à trouver des solutions. C’est pourquoi nous leur apprenons ici des jeux de dame, de Ludo et bien d’autres choses. Il y a une grande fréquentation du site par les enfants et vous verrez rarement des enfants en train de se quereller ici. Il y a un très bon esprit.
Quelles sont les difficultés du centre ?
Nous travaillons dans le domaine social et comme vous le savez le pays à traverser des difficultés et beaucoup de familles se retrouvent aujourd’hui en dans une situation de précarité. La situation familiale se répercute donc sur la situation des enfants. Nous travaillons pour les enfants, ce qui fait que nous avons beaucoup de besoins. Besoin sur le plan éducatif, besoin sur le plan de la formation. Comme on ne peut pas prendre en charge tous les enfants, nous assurons la prise en charge ici par rapport à nos moyens d’actions et de réponses aux problèmes que les enfants rencontrent.
Par Alexandre Lebel Ilboudo
Publié dans le Patriote en Juin 2012